Naissance de la ville médiévale : le Bourg Saint-Sauveur

La ville médiévale d’Aix s’est constituée à partir de trois noyaux urbains dont l’un, la ville des Tours, est situé à plus d’un kilomètre à l’ouest des deux autres qui sont restés longtemps voisins avant de devenir contigus, le bourg Saint-Sauveur et la ville comtale. Il y a là une situation originale dans l’espace français.

Aix ville tripartite des XIe-XIIe siècles

Chacun de ces éléments relève d’une seigneurie distincte. Le bourg Saint-Sauveur, dit aussi de la prévôté, dépend du chapitre et porte le nom de son chef, le prévôt. La ville comtale appartient au comte de Provence dont elle porte les armes. La ville (ou villa) des Tours, dite encore ville basse, est, quant à elle, partagée entre quatre seigneurs : la famille de Fos, une branche de la maison des Porcelet à laquelle succèdent les Agout, le comte de Provence et l’archevêque d’Aix dont la part est la plus importante, ce qui justifie que l’on parle couramment de la « ville des Tours de l’archevêque » . Cette dernière, isolée des deux autres agglomérations, disparaît dans les dernières années du XIVe siècle et seuls le bourg et la ville comtale serviront d’ancrage aux développements ultérieurs de la ville.

Le bourg Saint-Sauveur est l’ensemble des « maisons bâties et qui seront construites dans l’alleu de Saint-Sauveur et de Sainte-Marie », autour de ces églises que l’archevêque Pierre II Gaufridi donne au chapitre cathédral entre 1082 et 1096, avec l’église Saint-André située plus au nord, au-delà des murs de la cité (actuelle Notre-Dame-de-Consolation). En 1185, le comte Alphonse Ier abandonne au chapitre de Saint-Sauveur, toute juridiction sur cette agglomération. C’est sans doute alors qu’est entreprise la construction d’une muraille qui, prenant appui sur la courtine orientale de la fortification antique, sépare le bourg du reste de la ville. On en connaît le parcours par une transaction conclue en 1292, entre Charles II et le prévôt de Saint-Sauveur. La plupart des portes mentionnées dans ce document sont attestées avant la fin du XIIIe siècle dans la documentation, et même dès 1235 pour la porte d’En Caille ouverte à l’extrémité de la rue Campra. Si ont pu lui être attribués les restes de la porte qui fait face au « grand horloge », cette enceinte est surtout marquée par le tracé ovale des rues des Menudières, des Guerriers, Venel et Paul-Bert, qui apparaît sur le plan cadastral et sur les photographies aériennes.
Le bourg est traversé, du nord au sud, par une « rue droite » (rues Jacques-de-la-Roque et Gaston-de-Saporta) qui se prolonge, au sud, au-delà du rempart, par la rue droite de la ville comtale (rue Maréchal-Foch). Une part importante de l’espace fortifié est occupée par la cathédrale et le claustrum ou enclos qui enferme les bâtiments canoniaux. Le cimetière qui s’étend autour de l’église, sera amputé par les chapelles édifiées au bas Moyen Âge le long de la nef Notre-Dame et ce qui en subsiste sera à nouveau grignoté jusqu’à disparaître au début du XVIIIe siècle. Il a été reconnu en 1993, au chevet de la cathédrale, dans le jardin Campra, et plus récemment, en 2008, au contact du mur gouttereau nord. Ce cimetière se prolongeait devant la façade de la cathédrale mais sera abandonné lors de la création, au début du XVIe siècle, de la place neuve de Saint-Sauveur (aujourd’hui de l’Université). Le palais de l’archevêque, situé à l’est de la cathédrale depuis la basse Antiquité, a été rénové au XIIIe siècle sous les archevêques de la famille des Visdomini et à nouveau transformé sous l’épiscopat d’Olivier de Pennard à la fin du XVe siècle. Il semble qu’il ait été entre-temps abandonné au profit du palais situé dans la ville des Tours, l’archevêque se contentant d’avoir un pied-à-terre dans le bourg, d’abord sur la rue droite, puis dans l’hôtel de la Prévôté.
À côté du complexe cathédral et du palais de l’archevêque, l’habitat du bourg Saint-Sauveur s’organise autour d’un réseau de rues dont le tracé est partiellement hérité de l’Antiquité (Cardo maximus et Decumanus maximus). Le tissu urbain y est très serré, seulement aéré par le cimetière du parvis, jusqu’à l’ouverture avant 1741 de l’actuelle place des martyrs de la Résistance, occupée jusqu’alors par un ensemble de maisons.

Paul-Albert Février a longtemps pensé, comme il l’écrivait dans sa thèse, que le bourg Saint-Sauveur avait existé le premier et que la ville comtale n’en était qu’un faubourg. Mais il était gêné par le texte du polyptique de l’archevêque Pons, qui mentionne, à la fin du XIe siècle, un mur de la cité proche de l’église Saint-Sulpice (rue de Montigny), très au sud de l’espace urbain du bourg Saint-Sauveur. Il en est venu, plus tard, à admettre que « la vie urbaine s’est reconstituée tardivement à partir des trois pôles que sont les tours du futur palais comtal, Notre-Dame de la Seds et Saint-Sauveur » et que la ville comtale n’était pas une excroissance du bourg cathédral, mais bien un établissement autonome. À l’appui de cette vision de la constitution de l’espace urbain, on notera que, parmi les églises données au chapitre à la fin du XIe siècle, celles, peu nombreuses, qui sont situées dans la ville comtale, sont des édifices de faible capacité et que l’église Sainte-Marie-Madeleine, seul sanctuaire important de ce bourg n’apparaît pas avant le XIIIe siècle. Elle ne porte pas le titre d’église paroissiale avant la fin de ce siècle et le chapitre qui nomme son curé, considère toute la ville comme le territoire de sa paroisse. Elle est flanquée d’un hôpital fondé entre 1249 et 1251.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence

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