« Amandine ? Regarde ce que je sais faire ! » « Tu peux m’aider à construire ma tour ? » « Amandiiiiine ?! » Dans la cour de récréation arborée, il ne se passe pas une minute sans que l’Atsem ne soit sollicitée. Que ce soit pour régler une petite dispute, prévenir un éventuel danger, ranger les jouets ou rassurer un enfant, la jeune femme est sur tous les fronts. Elle l’admet avec le sourire : « Je ne peux pas être à 50 ou 60%, ils requièrent une attention de chaque instant ». Les activités ne manquent pas : partie de football endiablée, marelle, toboggan. Si les lecteurs de Oui-Oui lui donnent moins de fil à retordre, elle observe d’un œil attentif les entomologistes en herbe qui s’affairent dans les copeaux de bois.
Avant le repas, c’est l’heure de répéter le spectacle de fin d’année. La chanson Golden du groupe Demon Slayer retentit dans la salle. Amandine et sa collègue Nora détaillent chaque geste, rectifient avec douceur les pas désorganisés. Si le premier rang les imite sans difficulté, quelques petits font de la résistance. Certains écoliers discutent, d’autres se lancent des regards espiègles ou improvisent leur propre chorégraphie. Cela n’entame pas la bonne humeur de l’Atsem, qui encourage les enfants à participer.
Faire respecter les consignes sans hausser le ton : un équilibre périlleux mais maîtrisé par Amandine. Le jeu tient une grande place, y compris dans l’assimilation des règles de la collectivité. Avec Nora, elle ne manque pas d’imagination pour rétablir le calme : « Tout le monde s’assoit, le dernier a perdu ! ».
À Aix-en-Provence, chaque classe de maternelle est épaulée par une Atsem. Ce n’est pas légion dans toutes les communes, notamment pour le niveau « grand » (enfants de 5 à 6 ans), où leur présence n’est plus obligatoire.
Une profession méconnue mais indispensable
Contrairement aux idées reçues, les enfants apprennent, jouent, et surtout grandissent au contact des agents territoriaux. Véritable bras droit de l’enseignant, les Atsem initient les activités et mènent les enfants vers l’autonomie. « Venez les loulous, on va faire la date » : l’Atsem explique, corrige et surtout félicite. Au-delà du scolaire, c’est aussi le savoir-être qui est inculqué aux jeunes élèves.
À l’école Alphonse Daudet, Amandine a la chance d’avoir une salle séparée dans laquelle elle peut faire travailler un petit groupe. Les élèves peuvent y découvrir les joies de la peinture et imiter Cezanne, comme en témoignent les tables maculées de tâches de gouache. La salle de classe est également un cocon coloré où elle intervient fréquemment. On devine qu’elle a aidé les petits à réaliser les affiches retraçant le voyage scolaire, ou encore les papillons bariolés qui sèchent paisiblement.
L’âme enfantine imprègne aussi les pièces réservées au personnel. Pour preuve, une couronne en papier bleu à paillettes s’est glissée timidement au-dessus des casiers. Il est certain que le travail en école maternelle implique nécessairement de retomber en enfance. Exerçant depuis plus de 16 ans cette profession, l’Atsem est catégorique : « ce n’est pas un simple métier, c’est une vocation ».
Épaulant l’enseignant chaque jour, elle connaît les élèves par cœur : « Quand un enfant ne va pas bien, je le vois tout de suite ». Cela se sent : dès que la jeune femme entre dans une pièce, tous les enfants l’entourent, lui tiennent la main et attirent son attention. « Dès que je ne suis plus dans la même salle, ils me cherchent » confirme-t-elle. Une deuxième figure quasi maternelle pour les tous petits de 4 à 6 ans.
Lorsque les écoliers s’envolent vers l’école élémentaire, la relation forgée avec Amandine perdure. Régulièrement, les familles habitant le quartier viennent la saluer ou la revoient à l’occasion de la scolarisation de la fratrie.
*Atsem : agent territorial spécialisé des écoles maternelles
