Ruptures brutales et tentatives de continuité (fin du IIe s. et début du Ier s. av. J.-C.)

Habitats et territoires

Les sources historiques liées aux interventions militaires romaines en Provence au cours du IIe s. sont régulièrement sollicitées, depuis le XIXe s., pour rattacher plusieurs des destructions violentes observées sur des oppidums régionaux aux campagnes des consuls Fulvius Flaccus et Sextius Calvinus, entre 125 et 123 av. J.-C. Mais la réalité est bien plus complexe, même si ces interventions se soldent par la fondation rapide d’un poste militaire et d’une première agglomération à Aquae Sextiae. Cette installation marque un tournant décisif dans l’organisation des sociétés liguro-celtes, avec la disparition d’une large part de sa classe aristocratique guerrière et la spoliation très probable de territoires autour de l’agglomération naissante. Les habitats groupés indigènes postérieurs soulignent bien les difficultés de l’époque, avec autant de ruptures que de continuités dans l’occupation des implantations majeures antérieures, mais aussi avec l’apparition de nouveaux sites sur d’autres territoires agricoles.

Quelques habitats importants disparaissent totalement dès le dernier quart du siècle, tel le Baou-Roux. Ceux de l’Infernet, de Notre-Dame-de-Consolation, de la Quille ou de Meynes pourraient avoir connu un sort similaire. D’autres, en revanche, se sont relevés rapidement de ces conflits. Ainsi « Entremont 2 », situé à seulement 3 km d’Aquae Sextiae, connaît dès 120 une nouvelle occupation, dynamique aux plans économique et architectural, avec des revêtements de voies rénovés, dont une rue principale monumentalisée qui aboutit à une salle hypostyle à vocation collective. Par contre, on ne sait pas grand-chose de la réalité défensive de l’enceinte antérieure du site. Une nouvelle attaque militaire romaine ruinera définitivement l’agglomération vers 100, plutôt même vers 90 av. J.-C. Il pourrait en être de même pour la Tête de l’Ost à Mimet et pour Pierredon, à Éguilles.

Le pas de Magnan - Saint-Antonin-sur-Bayon

Le dernier quart du IIe s. est aussi le moment de la création ou de la refondation d’autres habitats groupés, qui furent fréquentés à une date plus ancienne. Outre qu’ils marquent, en cette fin de la Protohistoire méridionale, le maintien des modes de vie traditionnels des communautés indigènes, ils rendent compte également, par leur localisation, de probables déplacements de populations. Le mouvement le plus évident est sans doute celui qui a affecté les territoires entourant la nouvelle fondation romaine d’Aix-en-Provence, en faveur d’autres secteurs plus reculés comme le plateau du Cengle et plus généralement le pourtour de la Sainte-Victoire. La commune de Saint-Antonin-sur-Bayon présente ainsi trois exemples d’inégale importance et révélateurs du maintien d’une hiérarchisation, au moins fonctionnelle, des habitats groupés. Deux d’entre eux sont fortifiés. Le plus petit est celui de La Roque Vaoutade I, densément occupé sur une superficie de 0,7 ha et durant une courte période (entre 130/125 et 100/90 av. J.-C.). Le Pas de Magnan, en appui de falaises, est plus vaste (2 ha) et le mobilier retrouvé en prospection montre une installation tout aussi dense, liée au stockage comme à la transformation des produits de l’agriculture. Occupé sur 4,5 ha, entre 125 et 50 av. J.-C, l’habitat du Bayon montre, lui aussi, une forte activité agricole et une pratique de l’échange limitée avec une petite activité métallurgique.

Le site de Bramefan à Puyloubier est le seul exemple autour de la chaîne de la Sainte-Victoire d’un ample habitat de 5,5 ha, densément fréquenté, restructuré et fortifié dans le dernier quart du IIe s. av. J.-C. Son occupation se prolonge jusqu’au début de l’époque augustéenne, avec l’apparition, au milieu du Ier s. av. J.-C., des premières habitations couvertes de tuiles en céramique. La fortification et les activités économiques sont ici autant d’indices révélateurs du maintien de quelques communautés indigènes bien structurées autour de la fondation romaine d’Aix-en-Provence.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence