Aix à l’âge du Fer
L’occupation de la région aixoise à l’âge du Fer s’inscrit dans un paysage largement dominé par un relief collinaire au détriment des zones de plaines. Le bassin versant de l’Arc occupe près de la moitié de l’espace étudié. Il présente à la fois les massifs les plus élevés et les plaines les plus étendues. Dans sa partie orientale, il est délimité par des montagnes dont l’altitude dépasse 600 m (le Mont Aurélien, la chaîne de l’Étoile) pour atteindre 1 000 m (Sainte-Victoire), et dans sa partie occidentale, par des plateaux comme l’Arbois et les contreforts de la chaîne de la Trévaresse. Enfin, sur la frange nord-ouest de la carte, s’intercale une partie du bassin de la Touloubre. Les cours d’eau pérennes sont peu nombreux et connaissent un régime peu important. Le bassin d’Aix est caractéristique d’un milieu méditerranéen où l’approvisionnement pour les besoins domestiques devait être essentiellement tributaire de la récupération des eaux pluviales.
Dans ce cadre géographique, les phénomènes d’érosion ou, au contraire, d’accrétion sédimentaire, affectent tout particulièrement les sources d’informations sur les sociétés anciennes. Les plaines sont pour la plupart soumises à des recouvrements sédimentaires importants qui masquent bon nombre de sites. Ceux-ci sont plus aisément repérables dans les zones de piémont, mais ils subissent l’action de l’érosion. Soumis à des incendies répétés, les massifs collinaires sont plus propices aux prospections de surface, d’autant qu’ils concentrent également les fortifications en pierres qui se signalent depuis longtemps à l’attention des archéologues.
Ces caractéristiques géographiques ont engendré une certaine disparité dans la documentation archéologique qui a surtout porté sur les sites de hauteur fortifiés, aux dépens des établissements ouverts, dispersés en plaine et sur les piémonts. Les données concernant la société gauloise proviennent, en effet, essentiellement de fouilles d’oppidums.
Ce n’est que depuis la fin des années 90 que l’on commence à s’intéresser aux modes d’occupation du sol par le biais de prospections diachroniques qui permettent de restituer l’environnement des établissements groupés et le maillage des implantations. Les établissements ouverts de zone basse restent, d’une manière générale, très mal connus et rares sont ceux qui ont fait l’objet de fouilles.
De la même façon, la question des pratiques funéraires n’a pas été renouvelée, même si quelques découvertes récentes viennent étoffer un fonds de connaissances déjà ancien. La question de l’absence de sépultures entre le milieu du Ve et la fin du IIe s. av. J.-C. reste en suspens. En définitive, au-delà des connaissances spécifiques à quelques sites, la documentation est disparate, laissant dans l’ombre l’organisation des terroirs et bien des aspects de la société indigène.
La commune d’Aix-en-Provence s’inscrit au cœur du territoire des Salyens. Autour du changement d’ère, le géographe Strabon, précise que ces derniers habitent à l’est du Rhône et que leurs possessions s’étendaient jusqu’au Luberon au nord, et, vers l’est, jusqu’au fleuve Var. L’histoire des Salyens est connue à travers le récit des guerres qui les ont opposés d’abord aux Grecs de Marseille, puis aux Romains. Ces rapports conflictuels s’amorcent dès les années qui suivirent l’installation des Phocéens près du Lacydon. À partir de la fin du Ve s. et jusqu’au début du IIe s. av. J.-C., nous savons que la ville grecque établit des points fortifiés le long de la côte pour protéger la navigation des attaques, voire de la piraterie des peuples régionaux. Le besoin de défense des Marseillais face à la menace indigène s’illustre au travers de l’épisode du siège de la ville par Catumandus, au début du IVe s. Et malgré le pacte qui s’ensuivit, les Marseillais de la fin du IIIe s. se sentaient toujours « entourés de tribus arrogantes » et étaient « terrifiés par les rituels sauvages de leurs voisins barbares » .
Les Salyens sont particulièrement présents dans les épisodes relatant la conquête romaine. Ils paraissent désormais diriger un ensemble de peuples organisé militairement. Pline l’Ancien, Tite-Live ou encore Strabon montrent des Marseillais exaspérés par les actes de « brigandage sur terre et sur mer » des Ligures (plus à l’est) et des Salyens. Ils se décident à faire appel à leurs alliés romains, qui étaient déjà intervenus en 154 près de Nice et d’Antibes. En 125 et 124, le consul Fulvius Flaccus est le premier à défaire les Salyens. Mais c’est en 124 et 123 que Caius Sextius Calvinus remporte sur ces derniers des victoires plus radicales qui se soldent par la prise de leur “agglomération principale”, relatée par Diodore de Sicile. La population de cette dernière fut vendue à l’encan, tandis que son roi Toutomotulus et ses chefs s’enfuyaient chez les Allobroges. Le texte de Diodore souligne également la présence d’un aristocrate, un certain Craton, retenu prisonnier par les siens en raison de ses opinions philo-romaines. Ce dernier est sauvé avec neuf cents de ses proches, clients et alliés. Si le rapprochement des textes a depuis longtemps conduit à identifier cette agglomération comme l’oppidum d’Entremont, la présence de cet important personnage et des siens qui « récupèrent leurs biens » explique le renouveau rapide de l’agglomération jusqu’à l’amorce du siècle suivant.
Le consul Caius Sextius Calvinus fonde Aquae Sextiae (Aix-en-Provence) en 122 et y installe une garnison, ainsi que l’amorce d’une agglomération indigène. Pourtant en 90 av. J.-C., une dernière révolte des Salyens est attestée par les textes. Elle reflète les tensions qui ont accompagné les premiers temps de la domination romaine, notamment à cause du tribut imposé. Il est probable aussi que la campagne de Marius contre les Cimbres et les Teutons, qui a nécessité le séjour des troupes pendant trois ans, de 104 à 102, dans l’attente d’engager la bataille décisive près d’Aix-en-Provence, ait éprouvé l’économie locale.
Ce sera la lex provinciae, établie par Pompée à partir des années 77-75 av. J.-C., qui donnera un cadre juridique au processus d’intégration des populations indigènes dans la nouvelle province romaine.