- Comme pour le bourg Saint-Sauveur, nous connaissons le tracé de la première enceinte de la ville comtale par la transaction de 1292, postérieure d’un siècle à la division entre les deux parties de la ville. Mais à cette date, l’enceinte est débordée de toutes parts.

- Aix et ses faubourgs - Etablissements monastiques et hospitaliers au XIIIe et XIVe siècles
En 1252, un censier du chapitre dénombre une quarantaine de maisons bâties, entre les rues actuelles du Bon-Pasteur et des Cordeliers, dans ce qui était jusque-là des ferrages et qui sera bientôt dénommé bourg des Anglais. À l’ouest de la ville comtale, le long de la rue initialement nommée des Fabres, c’est à dire des forgerons – il s’agit de la partie haute de la rue des Cordeliers –, se développe, au-delà du portail d’Esquicha Moscas, un autre faubourg où s’installent dès avant 1245 les frères Mineurs (ou Cordeliers). Tirant son nom de cette communauté de mendiants, le bourg des Cordeliers est enclos avant 1272. Au sud, l’église Notre-Dame de Beauvezer bâtie hors-les-murs au départ de la route de Marseille, est environnée de maisons dès 1254. Plus loin, un quartier neuf est attesté en 1271, entre les portes de Marseille et de la Boucherie, avec, notamment, la rue qui a gardé son nom médiéval de Corta-Eyssada. C’est dans ce faubourg rapidement intégré au corps de ville, que les Augustins bâtissent leur couvent, au bas d’une rue qui concentre les auberges. Plus au sud encore, également dynamisé par le passage de la route de Marseille, le bourguet Saint-Jacques se constitue dès avant le milieu du siècle. Un couvent de Sachets y est attesté en 1251. Après la suppression de cet ordre au concile de Lyon (1274), Charles II d’Anjou installe à cet emplacement, en 1292, le couvent des Dominicaines de Notre-Dame de Nazareth.

- La place des Prêcheurs - Extrait du plan de F. de Belleforest 1573/1575
Plusieurs hôpitaux et œuvres d’assistance sont établis dans cette partie de la ville, dans la première moitié du XIIIe siècle : la maison de l’aumône, l’hôpital de Notre-Dame de Beauvezer, la maison du Saint-Esprit, l’hôpital de Saint-Jacques et une léproserie. À l’est, à bonne distance de la ville, aux abords de l’église bâtie par les Hospitaliers à la fin du XIIe siècle, le bourg Saint-Jean apparaît dans la documentation en 1302. Au nord, la vieille église de Saint-Sulpice est au cœur d’un « bourguet » connu dès 1275, bientôt englobé dans le bourg des Prêcheurs qui tire son nom du couvent voisin des dominicains. Il se prolonge vers la porte et le bourg d’En Caille attesté dès 1272, par la rue de Guillaume Rabet (ou d’En Rabet) elle-même signalée l’année suivante.
Les dates repères utilisées pour baliser la progression du tissu urbain ne procèdent pas du seul hasard documentaire. Tout indique que le XIIIe siècle, après l’installation du comte et de sa cour au début du siècle dans le palais situé à l’emplacement du palais de justice Verdun, et dont les constructions englobent les tours romaines de l’antique porte d’Italie, est la grande époque de la croissance urbaine. Au milieu du siècle, Aix compte neuf hôpitaux, à peine moins qu’Arles à la même époque et autant que Marseille. Dans les dernières décennies du siècle, de grands chantiers transforment l’église des Hospitaliers et la cathédrale en s’inspirant de l’architecture d’Île-de-France et l’on édifie le couvent des Dominicaines prévu pour loger cent sœurs et abriter un second palais comtal. Dans les années 1270, la capitale devient, ainsi, une ville à quatre couvents de Mendiants, ce qui la range parmi les grandes villes d’Occident. On connaît seulement le chiffre des feux d’albergue, dénombrés en 1321 dans la ville comtale, mais une série d’hypothèses réintégrant les nombreux exempts de cet impôt et les populations du bourg et de la ville des Tours, autorise à proposer un chiffre de 15 000 habitants.
Ce contexte d’essor démographique et urbain général à l’Occident, voit l’émergence à Aix, dans le courant du XIIIe siècle, des institutions communales. Le conseil et son autorité sur la ville se sont mis en place lentement. C’est seulement en 1245 que la comtesse Béatrix concède à la ville des franchises bientôt confirmées par son mari Charles Ier, et il faut attendre 1293 pour voir apparaître un conseil et des syndics dont les décisions sont prises sous le contrôle du viguier qui représente le comte. Longtemps limitée à la seule ville comtale, leur autorité s’élargit à l’ensemble de la cité, après la fusion administrative avec la ville des Tours réalisée au milieu du XIVe siècle, et l’union de la ville et du bourg Saint-Sauveur en 1357. La maison commune est élevée la même année, au pied du beffroi, précisément à la rencontre des deux anciens bourgs, à présent réunis derrière la même enceinte. Ce gouvernement est dominé par les marchands, les notaires et les juristes. Dès 1350, les syndics sont assistés par un assesseur toujours pris parmi les hommes de loi.

- Vue de la Tourreluque
À l’instar du bourg épiscopal, le tissu urbain du cœur de la ville comtale est assez serré. On n’y trouve qu’une place, souvent désignée comme « la place » et parfois « la place du marché ». C’est l’actuelle place aux Herbes sur laquelle le conseil de ville fait bâtir, en 1362, une halle couverte pour le marché aux légumes, l’Herberie. Comme dans le bourg, les places qui sont aujourd’hui visibles (place Richelme ou de la mairie), ont été créées à l’Époque moderne en détruisant des îlots d’habitat.
Le tissu urbain est plus lâche dans les nouveaux faubourgs aérés par des jardins et des cours, ce qui facilitera le remodelage du XIVe siècle, lorsqu’il fallut détruire l’église Sainte-Marie-Madeleine et les couvents des Carmes, des Dominicaines et des Clarisses, tous situés hors des murs de la ville, et les réinstaller aux abords du palais comtal. Les Hospitaliers qui ont fortifié leur église échappent seuls à ce grand déménagement. La montée de l’insécurité à partir de 1348 qui explique ces démolitions – il fallait éviter que ces bâtiments hors-les-murs servent de points d’appui à des assaillants –, est aussi à l’origine de la construction de l’enceinte enfermant, entre 1351 et 1375, dans le même mur la ville comtale et le bourg Saint-Sauveur. Parmi les fragments de ces remparts et des tours qui en scandent le tracé, la Tourreluque est, aujourd’hui, le témoin le plus important.