À cette époque, Aix développe une véritable économie autour de cet « or blanc ». Le matériau est abondant grâce aux importantes couches de gypse présentes dans les sols de Célony.
Les propriétaires de terrains, souvent plantés de vignes, louent alors leurs parcelles à des exploitants chargés d’extraire le minerai et de le transformer dans des fours temporaires. Une fois l’exploitation terminée, tout devait être remis en état afin que les terres puissent redevenir cultivables.
D’abord dispersée dans plusieurs secteurs d’Aix, l’activité du plâtre finit par être regroupée dans le celui du Faubourg. En 1599, les autorités décident d’éloigner les fours du centre-ville pour limiter les risques d’incendie et les nuisances. C’est ainsi que naît le secteur industriel des Gipières, autour des actuelles rues Célony, Van Loo et de la Paix. Les ouvriers et artisans vivent alors un peu plus loin, dans le faubourg des Cordeliers.
Comme les tanneurs ou d’autres métiers considérés comme encombrants ou dangereux, les plâtriers sont repoussés à la périphérie de la ville. Malgré cela, leur activité devient essentielle à l’économie locale.
De sédiment à œuvre d’art
Le plâtre change profondément l’architecture d’Aix. Moins coûteux et plus facile à travailler que la pierre, il permet de multiplier les décors dans les maisons, hôtels particuliers et bâtiments publics. Le plâtre devient un moyen accessible d’embellir les intérieurs.
Les artisans aixois développent alors un style très reconnaissable, appelé le style « Toro ». Rosaces, feuillages, cartouches décoratifs ou moulures recouvrent les plafonds et les cheminées. À mi-chemin entre artisanat et art, les maîtres gipiers participent à façonner l’identité de la ville.
Plusieurs monuments emblématiques d’Aix-en-Provence gardent encore aujourd’hui la trace de ce savoir-faire. À l’Hôtel de Ville, les décors en plâtre occupent une place importante notamment dans le grand escalier monumental. À l’Hôtel de Caumont, le plâtre est utilisé aussi bien pour les cheminées que pour certains éléments décoratifs intérieurs. On retrouve également ces ornements à l’Hôtel d’Entrecasteaux ou au Pavillon de Vendôme. Derrière les façades du centre historique, une partie du patrimoine aixois est donc née dans les fours et les carrières du Faubourg.
Un passé industriel souvent oublié, mais qui a largement contribué à donner à Aix le visage qu’on lui connaît aujourd’hui.

