Le développement de l’habitat s’accélère à partir des années 50/60 ap. J.-C. La grande domus de Pasteur édifiée sur un terrain calé à l’angle nord-est de la ville, fait, dans les années qui suivent, l’objet d’une extension importante, qui porte à plus de 2600 m² sa superficie. Le quartier des Chartreux est, quant à lui, complètement loti dans les années 70. Cinq maisons réparties sur trois îlots séparés par un cardo, sont séparées par un étroit passage est-ouest qui préfigure un decumanus à venir. La chronologie des habitations qui s’échelonnent dans le quartier résidentiel nord, fouillées anciennement et souvent mal datées, est plus incertaine, mais sous leurs sols du IIe s. ap. J.-C., on devine des constructions qui témoignent de leur existence antérieure.

- Plan de la ville à la fin du Ier siècle ap. J.-C

- Restitution du forum secondaire présent sous la cathédrale Saint-Sauveur et la place de l’Archevêché
Sur le plan monumental, l’impulsion donnée au début du siècle se poursuit avec l’érection de nouveaux bâtiments et la mise en œuvre de programmes d’ampleur dont certains ont nécessité la destruction de monuments antérieurs. Sur le site des Thermes Sextius, l’édifice de plan basilical tardo-républicain est ainsi démoli pour faire place à un ensemble, peut-être thermal, que jouxtent à l’ouest des thermes de cure construits ou réaménagés au même moment. C’est peut-être à cette même dynamique qu’a répondu la construction, en partie nord de ce même site, d’autres édifices publics à peine effleurés par les recherches. À l’est, à l’emplacement de la cathédrale Saint-Sauveur, est édifié un nouveau forum, sans doute secondaire, que domine, au nord, un monument dans lequel on verrait bien un temple ou une basilique ; dans la partie sud de la ville, les blocs découverts fortuitement au niveau de la rue Lisse-des-Cordeliers, évoquent un possible collège des sévirs augustaux, qui étaient chargés du culte de l’empereur. Enfin, les caractéristiques de la topographie urbaine actuelle invitent à imaginer au sud-est un possible amphithéâtre.
Cette activité édilitaire s’accompagne d’une réfection générale de la voirie qui, aux abords des monuments, est partout dallée en pierre froide, et quelquefois bordée de portiques mosaïqués, tandis que le réseau des collecteurs publics qu’elle masque, est amplement repris. La qualité d’exécution de ces travaux et leur remarquable homogénéité trahissent une grande cohérence dans leur programmation et leur réalisation.
Les grands absents de ce paysage monumental sont les édifices de culte, dont l’archéologie a encore livré peu de traces, mais qui devaient pourtant jalonner l’espace urbain. Il manque aussi à la ville un forum principal et le cortège des monuments qui l’accompagnent d’ordinaire, que l’on ne sait où restituer à cette époque.

- Portique mosaïqué d’un cardo secondaire - Thermes Sextius 1998
En certains points de l’agglomération, la pression foncière fait alors déborder l’habitat de l’aire remparée. Après les découvertes faites en 1986 qui avaient révélé l’existence d’un faubourg au nord de la ville, deux opérations menées en 2011 et 2012, le long des avenues Philippe-Solari et Paul-Cézanne, ont montré que l’extension de ce suburbium était plus importante qu’on le pensait. Il en va de même à l’est, où les travaux de rénovation du collège Campra ont donné l’occasion, en 2004, de mettre au jour une nouvelle mosaïque polychrome montrant le développement extra-muros d’un habitat sûrement résidentiel. Si l’émergence de ces faubourgs témoigne d’un besoin accru de terrains à bâtir, on relèvera cependant qu’ils se cantonnent au nord et à l’est de l’agglomération où ils constituent d’une certaine manière le prolongement, en dehors de l’enceinte, des quartiers résidentiels qui occupent la moitié nord de la ville. Dans le même temps, au sein de l’aire remparée, mais sur sa frange méridionale, des parcelles sont restées de tout temps non bâties ou réservées à des activités agricoles. Les recherches conduites du côté de l’actuelle voie Georges-Pompidou, en 2006 et 2007, ont ainsi montré qu’une ample pièce de terrain confrontant une domus avait, tour à tour, été mise en culture et exploitée à des fins artisanales (extraction d’argile pour une officine de potier). Au 16, boulevard de la République, un grand entrepôt à dolia, construit à l’époque augustéenne, a été ultérieurement transformé en annexes agricoles, et les terrains qui se développaient à l’ouest de ces dernières ont, selon toute vraisemblance, accueilli des cultures étagées en terrasses.
La pression foncière s’est, à l’évidence, exercée très différemment d’un point à l’autre de l’agglomération qui, dans certains de ses quartiers, méridionaux notamment, devait conserver un caractère assez rustique.