
- La place des Prêcheurs à la fin du XVe siècle - Pierre Aveline le Vieux 1656-1726
L’insécurité dissipée, les remparts perdent leur utilité dans la première moitié du XVe siècle. Et si, dans les années 1420, une nouvelle extension vers l’est intègre le quartier Bellegarde au corps de ville, le conseil donne à bail, dès 1418, les fossés qui bordent les remparts et servent désormais de dépotoirs. Il en va de même des tours que les locataires devront entretenir et qu’ils s’engagent à restituer à la ville en cas de guerre. Ces contrats sont régulièrement renouvelés.
Il faudra attendre le milieu du XVe siècle et le roi René pour voir de nouveaux aménagements de l’espace urbain. Une série d’acquisitions de terrains ruraux amorcée en 1447 aboutit à la création du « Jardin du Roi » situé en face du palais et qui s’étend jusqu’à la muraille ouest de la ville. Traversé par une rivière qui fait tourner plusieurs moulins, il comprend des jardins potagers et d’agrément, des volières et un ensemble de logis à l’usage du roi et de ses grands officiers. À la fin du règne du roi René, l’aménagement d’une vaste place devant le couvent des Prêcheurs apparaît comme la première opération d’urbanisme concertée résultant d’un lotissement accompagné de normes de construction. Des familles notables s’y installent, notamment la fille du sénéchal Jean Cossa et le chancelier Jean Martin. Ces maisons donnent sur une vaste esplanade – préfiguration de la place des Prêcheurs – qui sert de cadre à la représentation de mystères et sur laquelle existent peut-être déjà des gibets de potence pour les pendaisons publiques, représentés un siècle plus tard par François de Belleforest. À l’opposé, sur les marges de l’aire remparée et non loin de la Tourreluque, est entreprise dans les mêmes années 1470, la construction d’un nouveau couvent pour les Franciscains de l’Observance.

- La place des Prêcheurs à la fin du XVe siècle - Jollain 1680
Après avoir été un vaste chantier, la ville baigne encore, à l’orée de l’Époque moderne, dans la campagne. On trouve des bergeries à l’intérieur des remparts au quartier Bellegarde. Les jardins présents en nombre dans l’espace urbain entourent la ville d’un halo de semi-campagne. Les fosses à purin ceinturent les murailles et le chapitre a ses aires au sud-est de Notre-Dame-de-Consolation. Aix est, certes, une ville marchande qui fait vivre plusieurs boutiques de draperie comme la boutique rouge située sur la rue droite de la ville comtale.
Mais ces commerces ne sont pas en état de répondre à toutes les demandes de la cour du roi René qui s’approvisionne en produits de luxe chez les Italiens d’Avignon et à Marseille auprès des patrons de galères. Avignon domine le commerce de l’argent et seule, à Aix, la boutique des Guiran comporte un comptoir de change. Porte des Alpes du sud, Aix est une plaque tournante de l’élevage transhumant des ovins, un foyer de redistribution de la laine où de nombreux artisans regroupés dans le quartier des tanneurs, autour de la rue des Magnans (rue Vieille-Tannerie) et de la rue de Tanneurs, vivent de la transformation des peaux.