Une ville en chantier

  • Vestiges du mur gouttereau nord de l’église médiévales des Carmes - Petite rue des Carmes, Aix-en-Provence

    Dès avant le retour de la paix, de nombreux chantiers de construction et de reconstruction s’ouvrent dans la ville, qui en remodèlent largement la topographie. La documentation d’archives éclaire surtout les bâtiments religieux, mais il est vraisemblable que d’autres travaux, pas seulement d’embellissement, affectent le bâti civil, ne serait-ce que pour reloger la population qui a dû abandonner les quartiers détruits et la ville des Tours. Dans les dernières décennies du XIVe siècle, une nouvelle église Sainte-Marie-Madeleine est élevée, voisine du nouveau couvent construit pour les Carmes, à partir de 1358, non loin du palais. Un peu plus au nord, les Clarisses commencent en 1362 à bâtir leur couvent près de la place des Trois-Ormeaux (entre les rues Jaubert et Rifle-Rafle), tandis que les Dominicaines, après quelques temps de cohabitation difficile avec les frères Prêcheurs, s’installent au bas de l’actuelle rue Mignet, en 1377. Tout au long du XVe siècle, les bâtiments conventuels connaissent de nombreuses réfections. Les mieux documentées sont celles qui transforment l’église des Augustins dans la première moitié du XVe siècle et dotent leur couvent d’un second réfectoire, ainsi que celles qui se déroulent chez les Prêcheurs dont la nouvelle église est consacrée en 1452. En 1415, un retour de la peste incite la ville à offrir une église à saint Sébastien pour détourner l’épidémie. Elle est rapidement édifiée sur la place du marché, non sans écorner quelques étaux de l’Herberie.
    Les travaux de la cathédrale progressent lentement. Le clocher entrepris en 1380, n’est terminé qu’au début du XVe siècle à la fin duquel le chantier de la grande nef, interrompu depuis des décennies, est enfin rouvert. En 1471, l’archevêque Olivier de Pennard et le chapitre décident la construction de la dernière travée de la nef. Entreprise en avril 1472, elle est achevée en mars 1473. La construction du portail est plus lente. La première pierre est posée par l’archevêque en mars 1487, mais les dernières statues ne sont mises en place qu’en 1513.

    Plan du Couvent des Carmes dressé le 20 novembre 1782

    Dans le même temps, des initiatives privées multiplient les chapelles ouvertes aux flancs des églises, affectées à la commémoration des défunts par un prélat, une famille ou une confrérie. À la cathédrale, la plus ancienne placée sous le vocable de sainte Catherine, est attestée dès 1317 sur le flanc sud de la nef de droite. On ne sait qui l’a fait bâtir. Dans les années 1340, l’archevêque Armand de Narcès fonde, à l’ouest du chœur, la chapelle Saint-Grégoire. Dans l’abside de cette même nef, dans les premières années du XVe siècle, l’apothicaire Raymond Filholi fonde une chapelle qui deviendra, en 1451, par acquisition, l’oratoire familial du chancelier Jean Martin. La chapelle Saint-Mitre-et-Saint-Nicolas que fait bâtir, derrière le chœur, l’archevêque Avignon Nicolai en 1442/3, passe ensuite à la famille du marchand Mitre de la Roque. Un caveau recouvert d’une pierre tombale, des armoiries apposées à la clef de voûte, un retable et, parfois, des vitraux à l’effigie du saint patron du ou des fondateurs, signent l’appartenance de ces oratoires. Ces chapelles prolifèrent dans toutes les églises de la ville et les couvents de mendiants ne restent pas à l’écart du mouvement : on en compte plus d’une dizaine chez les Augustins, notamment la chapelle de la confrérie des métiers du cuir, dédiée aux saints Crépin et Crépinien, et le roi René a la sienne aux Carmes où le retable du Buisson Ardent récemment restauré, surplombe le tombeau de ses entrailles.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence

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