Contrairement à des villes comme Fréjus ou Nîmes où les nécropoles ont fait l’objet de recherches importantes et méthodiques, à Aix-en-Provence, le dossier funéraire est resté longtemps seulement renseigné par des découvertes très anciennes ou faites sous le sceau de l’urgence. Si, par leur nombre, les données recueillies depuis plusieurs siècles permettaient malgré tout de dessiner le contour de la topographie funéraire de la ville, elles ne fournissaient pas d’informations précises sur les pratiques en vigueur dans ce domaine où s’expriment la relation particulière que les hommes entretiennent avec la mort et l’Au-delà. Or, comme dans toute société ancienne, celle-ci était régie par une multitude de rites, tant pour garantir l’exclusion du mort de la communauté des vivants, que pour purifier la famille, souillée par le deuil.
Le terme de « nécropole » qui, au sens littéral, signifie « ville des morts », ne désigne pas une réalité ancienne, contrairement à ce que cette étymologie peut laisser croire.
Il n’existait pas dans le vocabulaire grec ou latin, de terme pour désigner les espaces accueillant des sépultures. Ce terme est un néologisme créé au XIXe siècle pour désigner un lieu funéraire antique. Il est calqué sur le nom d’un faubourg de la ville d’Alexandrie où étaient concentrées des tombes, Necropolis. Son usage est aujourd’hui fortement discuté par les archéologues spécialisés dans le domaine funéraire .
Ce sont les recherches à grande échelle menées dans le quartier Sextius-Mirabeau qui ont fourni l’occasion d’appréhender cette thématique, à travers la fouille d’une nécropole du haut-empire qui se développait, au sud de la ville le long de la Via Massiliensis , reliant Aix à Marseille.
Une nécropole qui a connu, entre le dernier tiers du Ier et les VIe - VIIe siècles, deux phases de fréquentation marquées par deux rites différents, la crémation durant le Haut-Empire et l’inhumation après le IIIe siècle.
Mais également au travers de la nécropole nord-ouest, située extra-muros de la ville antique, dont l’occupation funéraire est attestée du Haut-Empire jusqu’à la période Moderne, et qui est aussi un modèle de « Gräberstrasse », c’est-à-dire de colonisation des voies par les nécropoles.
Quelles qu’en soient la forme et la richesse, les tombes sont avant tout tournées vers ceux qui restent, les vivants, auxquels revient, ne serait-ce que par leur seul regard, de faire vivre la mémoire du défunt.
Les pratiques funéraires
L’abondante documentation recueillie met en relief la variété des gestes qui accompagnent le défunt vers son ultime résidence. Dans une société ancienne où la notion de sacré a une place très importante, ils rendent compte des rites qui codifient le passage vers l’au-delà, et, dans les choix retenus pour l’aménagement de chaque tombe, s’expriment autant de façons différentes de rendre hommage au disparu, et, plus largement, de considérer la mort. Comme peuvent aussi s’exprimer le niveau social du défunt et de sa famille, ou son goût plus ou moins affirmé de l’ostentation.
Si la crémation constitue le principal rituel, elle peut s’opérer différemment :
- tombes-bûchers qui font office de bûcher et de lieu définitif de sépulture
- crémations secondaires pour lesquelles le lieu de sépulture est distinct du lieu de crémation
Conformément à un usage répandu dans l’Antiquité romaine, le nourrisson n’était, en effet, pas incinéré, mais inhumé et son lieu de sépulcre ne faisait pas l’objet de la même attention que celui de l’enfant ou de l’adulte. Pour l’homme antique, l’enfant mort en période péri-natale n’a pas encore le statut d’être humain. Sa tombe se résume souvent à une simple fosse dénuée de signalisation. Pas d’offrande. Tout juste un linceul.
L’aménagement de la sépulture est souvent sommaire et les éléments de signalisation peu nombreux.

- Répertoire des objets les plus fréquents dans les sépultures
Dépôts et repas funéraires
À l’époque romaine, les rituels funéraires incluaient parfois des animaux. Trois types de dépôts sont attestés : l’inhumation d’un animal familier, le dépôt symbolique et les restes de repas funéraires. Le rite que l’on pourrait qualifier « d’accompagnement » au cours duquel un animal familier était inhumé avec le défunt dans ou à proximité de la sépulture est connu en Narbonnaise, mais pas dans la nécropole sud d’Aix-en-Provence, où le répertoire des objets qui accompagnent le défunt, est relativement standardisé. Il comprend des ustensiles liés à la toilette ou à la parure, de la vaisselle qui devait contenir des liquides ou des aliments, des lampes aussi, ainsi que des petits vases en céramique miniature qui semblent avoir été fabriqués spécialement pour un usage funéraire ou rituel. Et parfois de la monnaie en bronze (oboles à Charon), qui permettait au mort de s’acquitter du tribut nécessaire à son passage dans l’au-delà.
Le dépôt symbolique est matérialisé par des ossements placés dans des sépultures : un os, parfois deux, d’un animal non consommé (équidés, chiens, chats). Plus fréquents sont les restes de quartiers de viande provenant des repas funéraires auxquels étaient conviés les vivants et symboliquement les défunts. Ces dépôts sont de deux catégories : les os placés dans les sépultures et ceux déposés à proximité de ces dernières.
Les dépôts alimentaires n’étaient pas systématiques, un quart des tombes seulement contenait des restes de quartiers de viande. La moitié d’entre eux est carbonisée, les autres ne comportent aucune trace de brûlure, même si on les retrouve mêlés aux résidus de crémation. Il semble donc qu’ils étaient déposés avec le défunt, soit au moment du rituel de la crémation, soit après celle-ci, au moment du regroupement des résidus du bûcher dans l’urne. De la même façon, il n’existe aucune règle concernant le lieu du dépôt : on trouve ces restes de faune mélangés aux résidus du bûcher soit dans l’urne cinéraire, soit au fond de la fosse destinée à recevoir cette dernière.
Presque toujours présent, le porc est parfois associé aux bovins et ovins. Quelques tombes contiennent une seule espèce, mais, dans la plupart des cas, les quartiers appartiennent à plusieurs sortes d’animaux dont des poissons, des coquillages et de la volaille. Les porcs et les moutons sont de jeunes bêtes, abattues avant l’âge de deux ans, tandis que les bœufs sont adultes. Quant aux quartiers déposés, ils varient selon l’espèce : têtes, épaules ou cuisses pour le porc, vertèbres, côtes et dans une moindre mesure, épaules et jarrets, pour les bovins.
Repas des morts, repas des vivants
A côté des sépultures, on trouve des fosses également liées au rituel funéraire, parmi lesquelles plusieurs contenaient des restes osseux d’animaux. Creusées autour des tombes, mais sans les perturber, ces fosses contenaient des résidus de foyers (cendres et charbons) et doivent être interprétées comme des fosses de vidanges. D’autres conservent des quartiers de viande entiers.
Ces vestiges de repas ou de dépôts funèbres ne sont pas le reflet de l’alimentation ordinaire. À Aix-en-Provence, la prévalence des ossements de porcs dans les sépultures tranche avec la composition des dépotoirs de la ville qui, au IIe s. ap. J.-C., comportent majoritairement des ossements de bovins.