À partir des années 1980, comme dans bien des villes françaises, la mise en place des premières grandes opérations de fouille préventives, constitue un autre tournant de l’archéologie aixoise. Cette période marque un changement radical d’attitude de la collectivité, qui, sous l’impulsion de Marc Gautier, nouveau et entreprenant directeur des Antiquités, intègre dans ses projets de construction le temps des recherches et les finance.
Il faut dire qu’au plan de son infrastructure urbaine, la ville a un certain retard à rattraper ; l’époque est au renouveau urbain et Aix-en-Provence se hérisse de grues. Désormais dotées de moyens, les importantes fouilles de sauvetage réalisées durant la décennie (création du théâtre du Festival dans la cour de l’Archevêché en 1984-1985, achèvement du parking Pasteur, aménagement de l’Espace Forbin, construction du bâtiment de la GMF au 16, boulevard de la République, d’une résidence aux, 3-5, rue des Chartreux, en 1987-1988) et la cohorte des découvertes qu’elles ont entraînées, aboutiront à la création, en octobre 1988, du service archéologique municipal alors composé d’un seul archéologue. Dès lors, cette discipline a mobilisé un ensemble de chercheurs et universitaires, très impliqués dans l’étude de l’histoire de la ville et notamment ses périodes médiévale et moderne : Michel Fixot, Rollins Guild, Jean Guyon, Lucien Rivet, Jean-Pierre Pelletier, qui ont tout particulièrement œuvré sur le groupe cathédral pendant près de 10 ans, ou Philippe Bernardi, pour ses travaux sur les métiers du bâtiment et les techniques de construction au Moyen Âge. Bénéficiant de la proximité avec le pôle universitaire, Aix a également, très tôt, été un champ d’investigation pour les historiens et les historiens de l’art, dont les études permettent d’inscrire les découvertes de terrain dans une perspective historique plus large. Parmi les travaux de référence, citons les thèses de Jean-Paul Coste (1970), Jean-Jacques Gloton (1979), Claire Dolan (1981) et Noël Coulet (1988), auxquels il convient d’ajouter les travaux de Jean Boyer. C’est à la collaboration de beaucoup d’entre eux que l’on doit l’ouvrage de référence, Histoire d’Aix-en-Provence, paru en 1977, devenu un classique. Cette période voit aussi le développement de l’A.F.A.N. (Association pour les Fouilles Archéologiques Nationales), autre creuset de jeunes archéologues qui participent, quand ils ne les dirigent pas, à toutes les opérations de fouilles aixoises.
Outre de nombreux articles parus dans des revues scientifiques, ces recherches ont donné lieu, à l’initiative de l’État et avec le concours de la Ville et des aménageurs, à la création de la collection des Documents d’Archéologie Aixoise (1985-1991) qui offraient un cadre adapté à une restitution rapide au public des informations issues des fouilles les plus importantes, mais ne dépassera malheureusement pas cinq numéros. La masse des informations exhumées a, d’autre part, débouché sur l’insertion, en 1989, d’un premier « zonage » archéologique dans le P.O.S. (Plan d’Occupation des Sols), qui va fixer, pendant plus de quinze ans, le cadre des recherches en lien avec l’aménagement du territoire.
La décennie qui suit est tout aussi dynamique et l’activité archéologique tout autant plurielle. La construction de l’Esplanade de l’Arche et du parking Signoret en 1991, du palais Monclar, en 1994-1995 et 1996, la restructuration de l’établissement thermal entre 1989 et 1998, et du musée Granet en 1995 et 2001, donnent lieu à des opérations d’envergure qui sont toutes, ou peu s’en faut, menées de conserve entre le service municipal et l’AFAN. Mais l’opération la plus remarquable par son ampleur et sa durée est sans conteste celle qui accompagne l’aménagement de la ZAC urbaine Sextius-Mirabeau, où plus d’une trentaine d’interventions se succèdent de 1992 à 2013. Après les fouilles de l’Espace Forbin, en 1986, cette opération a initié une approche systématique de la périphérie urbaine, débouchant sur une restitution fine de l’occupation du sol depuis le Néolithique jusqu’à nos jours.
Ces recherches de terrain donneront lieu à deux synthèses. La première, qui s’intègre à la collection nationale des Documents d’Évaluation du Patrimoine Archéologique Urbain (1994), fournit une première vision synthétique et surtout diachronique de l’évolution urbaine, en même temps qu’un bilan de l’érosion du patrimoine. Lancée par Paul-Albert Février, la seconde constitue d’une certaine manière un prolongement, plus élaboré, de la précédente. Il s’agit du volume de l’Atlas topographique des villes de Gaule méridionale, paru en 1998, premier de la série, qui fournit une synthèse approfondie de la ville antique. À ces publications, il faut encore ajouter le volume des Inscriptions Latines de Narbonnaise et celui du Recueil général des mosaïques de la Gaule, respectivement publiés par Jacques Gascou, en 1995, et par Henri Lavagne, en 2000, qui recensent les inscriptions et les pavements antiques mis au jour sur l’ensemble de la cité d’Aquae Sextiae.
Au terme du XXe siècle, le bilan est considérable. En 20 ans, ce ne sont pas moins de 156 opérations qui auront été réalisées dans le centre urbain ou à son immédiate périphérie, représentant treize hectares de terrain fouillés ou explorés par sondages.
Le tournant des années 1980
Création du service archéologique municipal
Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence