Le déclin d’une capitale

Carte du terroir d’Aix, divisé en dix quartiers par les chemins royaux - Vallon 1696

Au XVIIIe siècle, Aix est une ville à la démographie stagnante frappée en 1720 par la peste qui emporte près d’un tiers des habitants, et fragilisée par des pics récurrents et conjoncturels de mortalité. Sa population fluctuante tout au long du siècle, plafonne à la veille de la Révolution autour de 28 000 habitants.
Sur le plan économique, la ville garde son profil antérieur, marqué par la faiblesse des activités de production et des services au contraire sur-développés. L’étiolement des industries traditionnelles (tanneries, draperies) est modestement relayé par les nouvelles activités textiles sans toutefois faire décoller l’économie locale. Dans les années qui précèdent la Révolution, on trouve ainsi à Aix quatre fabriques d’indiennes qui emploient environ mille ouvrières, douze ateliers de bas de soie et de filoselle, et d’autres de velours et de gaze, plus une fabrique de bonnets (1787). Dans cette cité qui reste encore très liée à son territoire, le négoce est principalement celui des productions agricoles, dont on retrouve les infrastructures de transformation aux portes de la ville. Plusieurs aires à battre sont, en effet, attestées en périphérie urbaine : Esprit Devoux en représente dans l’impasse Bellegarde en 1753 ; les aires communales de Saint-Roch que le conseil de ville fait aménager sur plus de 8000 m², entre 1770 et 1780, ont été retrouvées en 1986, au niveau de l’actuel boulevard de la République et de la rue Irma-Moreau  ; au niveau du cours Sainte-Anne (actuel cours Gambetta), est répertoriée une grande aire de 2 300 m² ; les aires du Chapitre pour battre le blé issu de la dîme, sont connues par une estimation des biens nationaux de 1790.

Aix, profite de l’élan baroque jusque dans les années 1725 au cours desquelles s’illustre l’architecte Laurent Vallon. Les premières décennies du XVIIIe siècle parachèvent ainsi la ville dessinée au siècle précédent. Le maillage paroissial renforcé à la fin du XVIIe siècle par la création de la paroisse Saint-Jérôme (1673) dont l’église est reconstruite par Vallon, en 1706, sur celle de l’hôpital du Saint-Esprit, est complété, en 1703, de la chapelle Saint-Jean-Baptiste élevée en paroisse et confiée aux Doctrinaires. Ce sont également les chapelles du séminaire, des Ursulines et des Carmélites qui voient le jour dans les mêmes années.
Les trois premières décennies du XVIIIe siècle comptent encore quelques remarquables réalisations d’hôtels particuliers – celui d’Albertas que Laurent Vallon achève vers 1724, celui de Joseph Réauville construit par le parisien Robert de Cotte et l’hôtel de Tressemannes après 1720 – et reconstructions de façades, mais les commandes s’étiolent et évoluent vers le décor intérieur.

Si l’activité constructrice ralentit dans l’habitat privé aristocratique, l’autorité publique continue son programme de modernisation des anciennes infrastructures collectives et de l’habitat, par le réaménagement de nouvelles fontaines et une reprise des réseaux des égouts et adduction d’eau. Dans le même temps, les boulevards créés sur les anciens fossés sont plantés d’arbres et aménagés en promenades, tandis que la restauration des thermes de cures, dès 1704, par Laurent Vallon, la création d’une halle aux grains (1718), celle des casernes Saint-Jean cours Gambetta en 1727 et leur extension en 1776, l’édification d’un hôpital des Incurables en 1737 et la reconstruction des locaux de l’Université en 1740, complètent, dans la première moitié du siècle, l’équipement public de la ville. Les interventions sur le tissu urbain amènent également l’alignement de plusieurs rues pour aérer l’urbanisme étriqué des quartiers anciens, ainsi que l’ouverture de nouvelles places : celle du Marché (place Richelme) est créée sur des anciens entrepôts privés à partir de 1717 ; la place de l’archevêché (actuellement des Martyrs-de-la-Résistance) est aménagée avant 1741 ; la place neuve qui donne lieu, à partir de 1717, au curetage de plusieurs îlots, dégage une esplanade large et régulière devant l’hôtel de ville et les nouvelles halles aux grains, en 1756. À la différence des places précédentes, la place d’Albertas n’a pas été conçue par les pouvoirs publics, mais est le fait d’un particulier, le marquis Henry-Reynaud d’Albertas, Premier Président de la Cour des Comptes d’Aix, qui, entre 1735 et 1741, confia à l’architecte de la Ville, Georges Vallon, l’aménagement d’un dégagement en face de son hôtel. Les places existantes sont également l’objet de travaux d’embellissement telle celle des Prêcheurs nettoyée des gibets de potence en 1775 et ornée d’un obélisque.

Dans le dernier tiers du siècle, après un ralentissement des chantiers, la reprise de l’activité constructrice et le réaménagement urbain passent par la démolition d’un certain nombre d’édifices, notamment l’ermitage Sainte-Croix et la chapelle Saint-Laurent (vers 1770), ainsi que la porte Notre-Dame immédiatement reconstruite. Le couvent des Carmes déchaussés est rasé, en 1778, pour aménager la place de la Rotonde au bas du cours à carrosses, au carrefour des routes de Marseille (avenue des Belges) et d’Avignon (avenue Napoléon-Bonaparte), sur les remblais de la démolition de l’ancien parlement de Provence. Entre 1778 et 1786, la mise en œuvre du projet conçu par Claude-Nicolas Ledoux pour le palais de justice et les prisons, a, en effet, imposé la destruction de l’ancien palais et d’une partie du quartier à ses abords. Les fondations du nouveau complexe qui, en marge de la ville médiévale, s’inscrit dans les perspectives créées pour le lotissement Villeneuve, sortent à peine de terre que le chantier est arrêté par la Révolution laissant, au cœur de la ville une friche béante jusqu’en 1822.

Si ce dernier siècle de l’Ancien régime a considérablement remodelé l’habitat intra-muros, la ville reste confinée dans ses murs. Seul voit le jour, entre 1775 et 1789, au débouché de la porte Notre-Dame, un modeste lotissement de dix-sept maisons sur l’initiative du bourgeois Joseph Sec qui fait élever, au cœur de ce nouveau quartier, sur le cours Notre-Dame (avenue Pasteur), son cénotaphe. Achevé en 1792, deux ans avant la mort de son commanditaire qui en a conçu le programme iconographique en puisant ses thèmes dans l’Ancien et le Nouveau Testaments, ce monument dont Michel Vovelle a livré un brillant décryptage, est la synthèse complexe des convictions religieuses de Joseph Sec, de son engagement révolutionnaire et de ses probables relations maçonniques.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence

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