Le dynamisme architectural du Ier s. semble ralentir au IIe s. On ne connaît, en effet, pour l’instant que trois édifices publics dont la construction puisse être rattachée à cette période. Ce sont, intra-muros, un établissement thermal rapidement fouillé par Étienne Rouard, en 1842, dans des terrains situés au nord de la rue de la Molle, et daté par une marque consulaire de la fin du premier tiers du IIe s. et, extra-muros, le mausolée qui s’élevait neuf mètres en avant de la porte d’Italie, le long de la voie Aurélienne, ainsi que l’aqueduc de Traconnade.
Communément appelé « Grande Tour » ou « Tour de l’Horloge » aux XVIIe et XVIIIe siècles, le mausolée est le monument funéraire le mieux connu et le plus remarquable d’Aix-en-Provence. Son histoire postérieure à l’Antiquité lui a valu d’être conservé dans l’ancien palais des Gouverneurs de Provence, jusqu’en 1786, où il fut démoli en même temps que lui. Cet épisode a donné lieu à une série de dessins dont un lavis à la plume du peintre Constantin. Ces documents livrent de l’édifice (ainsi que de la porte d’Italie) une représentation assez précise qui complète la description qu’en avait faite Jean-Scholastique Pitton au XVIIe siècle. Construction à trois niveaux, d’environ 24 m de hauteur, il rappelle, à certains égards, le mausolée des Julii à Glanum auquel il est toutefois très postérieur. On a proposé d’associer à cet édifice funéraire une inscription monumentale dédiée à trois membres d’une même famille de notables. Que cette épitaphe ait ou non appartenu à ce monument, on retiendra surtout qu’elle signale l’existence d’une famille de rang sénatorial.

- Représentation fantaisiste du mausolée aixois (à gauche) mis en perspective avec celui du Glanum (à droite) avec à l’arrière l’une des tours de la porte sud-est d’Aix antique - Huile sur toile fin XVIIIe/début XIXe siècles - Collection Musée Granet
Établie par les archéologues qui en ont dégagé un tronçon lors de la construction de l’autoroute A55, la datation de l’aqueduc de Traconnade plaide aussi pour une certaine vitalité constructive. D’abord parce que l’édification de ce monument des eaux, qui est le plus important et le plus remarquable des aqueducs d’Aix-en-Provence, a nécessairement répondu à des besoins accrus en eau courante, et on pense ici naturellement à l’alimentation de thermes publics, grands consommateurs d’eau (peut-être celui érigé au même moment, au nord de la rue de la Molle). Ensuite parce qu’elle tient de la prouesse technique. Longue d’une quarantaine de kilomètres – l’aqueduc prend sa source à Jouques –, sa conduite est, en effet, souterraine sur une grande partie de son parcours, notamment sous le plateau de Venelles qu’elle traverse sur plus de 8 km de long, à près de 80 m de profondeur à certains endroits. Cet aqueduc est-il venu compléter l’équipement hydraulique déjà existant de la ville ou fait-il partie d’un ample programme d’adduction d’eau ? Faute de connaître la date de construction des aqueducs de Vauvenargues et de Saint-Antonin, il est impossible de répondre.

- Mosaïque d’Ariane et Bacchus - 4.73 x 2.74 m - 38/42 boulevard de la République 1998
Excepté ces monuments, le IIe siècle apparaît surtout comme une phase d’embellissement, particulièrement perceptible dans l’habitat résidentiel. Les propriétaires font alors décorer leur domus de mosaïques polychromes, dans un cadre général qui semble peu touché par les transformations. Mais alors que le premier siècle privilégiait un style sobre et classique, inspiré d’Italie et marqué par le blanc et le noir, la tendance est désormais à la couleur. Si la production de mosaïque est alors moins abondante, le répertoire se distingue par une originalité qui permet de supposer l’existence d’au moins un atelier aixois qui transforme et réinvente un répertoire dont la source était italique : une palette plus colorée habille désormais des trames géométriques complexes. Le cas le plus éclatant est le développement, pour la première fois en Gaule, d’un décor multiple polychrome dont Vienne et Lyon feront leur répertoire de prédilection pendant la seconde moitié du IIe s. ap. J.-C.et au siècle suivant.
Si beaucoup de pavements reproduisent des thèmes académiques, puisés notamment dans la mythologie, on note ici ou là une touche d’inventivité comme sur la mosaïque représentant un Orphée gracieux et aérien, jouant de la cithare en dansant dans un vêtement en voile transparent. L’existence dans la ville d’un atelier créatif est également patente dans le choix d’une iconographie originale, issue d’un thème littéraire inspiré du livre V de l’Énéide de Virgile - le combat de Darès et Entelle. Il est repris dans trois demeures urbaines et même dans les riches villae des environs, comme à Villelaure, près de Lauris (Vaucluse) qui appartenait alors au territoire de la cité d’Aquae Sextiae.
L’impression générale qui ressort de cette période est celle de la prospérité des élites aixoises d’abord, et plus largement de la ville, capable de réaliser des équipements majeurs nécessaires au confort général et soucieuse du maintien et du fonctionnement de ses infrastructures urbaines, tels la voirie et le réseau des collecteurs publics, qui sont alors toujours parfaitement entretenus.