
- Bâtiment de plan basilical découvert sur le site de l’établissement des Thermes Sextius en 1991
C’est au cœur de la ville historique, et plus précisément sur le site de l’établissement des Thermes Sextius, qu’ont été retrouvées les plus anciennes traces d’occupation reconnues à ce jour, qui ressortissent au second tiers du Ier s. av. J.-C., soit à la fin de la période que l’on qualifie de républicaine, par référence à l’histoire de Rome qui vit alors les derniers moments de la République instituée en 509 av. J.-C. .
Si limitée que soit leur extension spatiale – quelques dizaines de mètres carrés tout au plus –, ces vestiges sont malgré tout d’un intérêt majeur pour ce qu’ils laissent voir de l’urbanisme de la ville durant cette période encore obscure. Ont été reconnues ou restituées quatre rues, dont l’organisation et l’orientation correspondent exactement à celles qui prévaudront durant le Haut-Empire. Certes, ces rues ont fait l’objet d’un traitement très simple : ce sont des voies gravillonnées, où les aménagements semblent se limiter à des trottoirs et à des égouts de construction assez sommaire. Mais dans la régularité de leur tracé et leurs dimensions, elles traduisent l’existence et la mise en œuvre d’un plan d’urbanisme déjà bien défini, qui va servir de trame au développement ultérieur de la ville.
Les découvertes n’ont pas seulement révélé un peu du processus d’urbanisation de ce quartier de la ville antique, elles ont également permis d’appréhender les modalités de son occupation, livrant, au nord de la parcelle, des îlots réservés à l’habitat, et au sud des îlots à vocation monumentale. C’est là un des apports majeurs de ces recherches que d’avoir permis d’entrevoir certains des équipements publics d’Aquae Sextiae à la fin de la période républicaine : dans un contexte qui reste en large part inconnu, s’élevait là un vaste édifice à plusieurs nefs dans lequel on a d’abord proposé de voir un marché, puis une possible basilique.

- Autel dédié au dieu celtique des eaux bouillonnantes Borbanus par pompeïa Antopia - Thermes Sextius 1922
Quelle qu’ait été la fonction de cet ensemble monumental, il témoigne d’une vitalité certaine. Peut-être ce bâtiment côtoyait-il déjà, à l’ouest, des thermes de cure, si l’on fait remonter à cette période ancienne l’exploitation des sources d’eaux chaudes, bien attestée durant le Haut-Empire ? Les indices manquent cependant pour fixer en ce point de la ville un tel établissement. En revanche la découverte, in situ, d’au moins deux inscriptions consacrées au dieu celtique des eaux bouillonnantes, Borbanus, pourrait indiquer la présence ancienne d’un sanctuaire en lien avec ces sources.
Pour ce qui touche à l’habitat, les vestiges qui en ont été observés dans les îlots septentrionaux confirment le caractère populaire du quartier. Bien qu’elles s’insèrent dans un cadre urbain réglé, par leur architecture et leur agencement intérieur, les maisons présentent les mêmes caractéristiques que l’habitat indigène contemporain, dont elles développent toutefois les tendances à l’agrandissement. Elles semblent, en effet, comporter plusieurs pièces, ce qui suppose une diversification de leurs fonctions, mais les sols y sont toujours en terre battue, et les aménagements intérieurs réduits au minimum : foyer aménagé à même le sol, banquette de terre… Seuls les revêtements muraux trahissent l’emploi de matériaux nouveaux, comme le mortier de chaux. Il est jusqu’au mobilier céramique qui reflète l’attachement des habitants à des modes de vie traditionnels, hérités de la fin de l’âge du Fer provençal. En somme, dans l’univers domestique, rien d’apparemment très différent avec les maisons d’Entremont.
Pour réduit que ce noyau d’occupation ait été – son extension reste toutefois encore à découvrir –, il porte en tout cas en germe l’organisation à venir de la ville. Ainsi la voirie, pourtant refaite ultérieurement, garde durant toute l’Antiquité sa trame d’origine, contraignant les îlots dans le même cadre restreint. Surtout ses directions semblent définitivement fixées et vont conditionner celles des rues qui, quelques décennies plus tard, innerveront d’autres secteurs gagnés par l’urbanisation. Le plan qu’elles dessinent alors et qui servira de trame à Aquae Sextiae impériale, était-il déjà préétabli et son déploiement programmé ? Rien ne permet de l’affirmer, mais le développement ultérieur de la ville porte à le croire.