La dure et passionnante épopée de l’archéologie de sauvetage

Vestiges de la maison de Grassi

La Seconde Guerre mondiale a marqué un tournant décisif dans l’historiographie aixoise. Avec la mise en place de la loi Carcopino sur l’archéologie nationale et la création de Directions des Antiquités, en 1941, sous le régime de Vichy, s’ouvre l’ère des fouilles systématiques, qui, dans la ville tout au moins, seront désormais quasiment toujours suscitées par des travaux d’aménagement. En dépit de leur caractère souvent ponctuel et bien qu’elles aient presque toujours été réalisées dans des conditions très difficiles, les interventions qui se succèdent entre les années 1940 et jusqu’à la fin des années 1970, apportent, dans des secteurs encore peu explorés, de nouvelles données qui participent à dessiner plus précisément à la fois les contours de l’aire urbanisée et son organisation. C’est notamment lors de cette période que va s’échelonner le dégagement des maisons antiques de Grassi (3). De l’équipe qui travaille autour de Fernand Benoit, jusqu’à la fin des années 1960, tant dans le centre urbain que sur le site protohistorique d’Entremont, on retiendra le nom de Robert Ambard, qui fut l’un de ses plus proches collaborateurs et à qui l’on doit l’ouvrage Aix Romaine paru à titre posthume en 1984, celui de Yves et Jacqueline Rigoir, de Jacques Gourvest aussi, qui ont accompagné ses recherches sur le site de la Seds et sur le site de Grassi. Avec l’arrivée de François Salviat à la Direction des Antiquités, de nouveaux chercheurs s’investissent sur la ville, au gré, le plus souvent, de sauvetages urgents ou de sondages : Guy Bertucchi, Gaëtan Congès, André Kauffmann et Michel Bonifay notamment, qu’épaulent régulièrement les chercheurs de l’Institut de Recherche sur l’Architecture Antique, tels Robert Amy et Pierre Varène ou Jean-Marie Gassend ou encore les amateurs éclairés réunis au sein de l’association Entremont, sous l’égide de Jean-Louis Charrière.
Dans cette période difficile durant laquelle les archéologues jouent les sapeurs-pompiers – et qui vit aussi la destruction de sites majeurs (École d’Art, forum des Cardeurs) –, il ne faut pas oublier le rôle de Louis Malbos, qui a succédé à Marcel Arnaud comme conservateur du musée d’Aix en 1947. Véritable limier et bénéficiant d’un bel entregent et d’un solide réseau local, il contribue au versement, dans les collections municipales, des pièces découvertes, le plus souvent, à la faveur de travaux destructifs. Pour tronquées qu’aient pu être les données alors recueillies, elles n’en ont pas moins enrichi un corpus qui reste, en bien des points de la ville, la seule source d’information disponible et dont les synthèses à venir tireront le meilleur parti.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence