L’installation de potiers à Aix : une politique d’accueil et un savoir-faire italien

Entre Moyen-Age et époque Moderne
Bol à décor de fleur de lys incisée, Rue de Littera, Aix ou Manosque ? XVe s.

Au milieu du XVe siècle, la situation change, dans un contexte économique témoignant sans doute d’un besoin nouveau et d’une élévation du niveau de vie des Aixois. Dans la logique des approvisionnements de la ville qui reçoit au XVe siècle régulièrement, nous disent les textes, des « oules » et autres « terrailles » confectionnées à Apt, la communauté intervient directement pour établir des potiers dans la ville et favorise leur installation grâce à une politique d’accueil.
Ainsi une convention est passée en 1448 en faveur d’Antoine Gausi, originaire d’Apt justement. Au terme de cet accord, le potier s’engage à résider à Aix et à y exercer son art pendant deux ans. En échange de quoi, la ville lui assure une location de logement et une avance pour l’achat de l’alquifoux pour la confection du vernis et la réparation de la couverture du four. Une boutique lui est en outre concédée sur la place du marché. On ignore si Antoine Gausi était le seul potier à exercer son métier entre 1450 et 1470, mais dès 1474, c’est un potier italien venu d’un grand centre d’artisanat céramique, Petrus de Pisa, qui profite à son tour d’avantages et de subventions pour s’installer dans la ville au sein d’une société qu’il partage avec Antoine Giraud. L’acte énumérant les objets produits est révélateur des mutations en cours dans l’instrumentum domestique provençal. On y dénombre des marmites, mais aussi des écuelles et des pichets, formes nouvelles qui se retrouvent en abondance dans les contextes archéologiques de la fin du XVe s. et du siècle suivant. Un autre personnage central, Andreas Nico, artisan pisano-ligure, fait son apparition en 1505. Ce « père » de la céramique moderne en Provence partage son activité entre Manosque et Aix où il réside à temps partiel, se faisant seconder par des compatriotes, tel que Pierre de Mériado de Savone. Dans un contrat décennal qu’il conclut avec la ville, il lui faut assurer l’entretien des fontaines et tenir une boutique de son art. La localisation de son atelier est incertaine, apparemment intra-muros, confrontant les remparts, une rue publique, une tour de l’enceinte et le cimetière Saint-Sauveur selon des actes passés entre 1512 et 1525. Ce potier, commerçant et fort actif, faisait des ouvrages en terre engobée et vernissée, mais il pratiquait aussi l’art de la faïence qu’il enseigna à Avignon. Cette connaissance de l’art des couleurs est attestée par une commande d’ogives et de carreaux azurs pour les Carmes de Manosque.

Médaillon en faïence moulée dans le style Della Robbia, Maison du Chapitre, fin XVe-début XVIe s.

À la fin de sa vie, son atelier fut loué en 1512 à Nicolas Marini et à son décès en 1517, sa veuve poursuit l’ensemble de ses activités. Nicolas Marini tient aussi un atelier dans le voisinage de celui de Nico entre 1513 et 1545. Ainsi, au début du XVIe siècle, il semble bien qu’un petit îlot artisanal se soit constitué dans la zone du cimetière Saint-Sauveur, avec la présence d’autres artisans formés à Manosque dont Laurent Borelli, probablement italien, faiseur d’écuelles de Fréjus. Il reste cependant à attribuer à l’un de ces artisans aixois ou manosquin, les séries archéologiques de bols et autres ouvrages engobés et glaçurés, si fréquents dans les contextes provençaux de cette époque. Très semblables dans leur forme comme dans les motifs incisés ou peints à la croix vert de cuivre et brun de fer, seules des analyses de pâtes en laboratoire peuvent les séparer avec certitude.
In fine, le savoir-faire italien est encore illustré sur la façade de la maison du Chapitre, mise au jour en 1987. Deux médaillons, placés de part et d’autre d’une grande fenêtre à meneaux, sont dans le style des ateliers Della Robbia du dernier tiers du XVe siècle - premiers tiers du XVIe siècle. Sur l’un, déposé au musée Lapidaire de la cathédrale Saint-Sauveur, le buste d’une figure féminine en robe bleue est bordé de feuillages en guirlandes et de fruits. Ces motifs moulés et simplifiés, pourraient avoir été importés ou imités localement par des potiers venus d’Italie.