
- Pot à bec tubulaire en céramique grise régionale, Palais épiscopal, XIIIe s.
Tournée vers l’arrière-pays, la ville reçoit essentiellement des ouvrages réalisés dans les ateliers régionaux les plus proches. Depuis le haut Moyen Âge, les vases de cuisson placés dans les foyers, ou les pots pour réchauffer les liquides devant les braises, sont totalement gris. Cette couleur de l’argile résulte de la cuisson effectuée en atmosphère réductrice dans les fours qui sont littéralement « étouffés » en fin de chauffe, ce qui provoque, entre autres, une migration des ions carbones qui donnent une palette de teintes allant du gris au noir. De gros pots à bec verseur, des petits pots à anse trouvés dans le Bourg Saint-Sauveur tout comme les godets de noria du Palais Monclar en pâte fine micacée ou réfractaire, pourraient provenir, entre les XIe et XIIIe siècles, des ateliers de Mimet, du val de l’Arc, voire de Cabasse dans le Var.

- Godets de noria en céramique grise régionale, Palais Monclar, XIe-XIIe s.
Ces officines artisanales qui alimentaient Aix et Marseille sont très vite concurrencées par le grand centre varois d’Ollières, dans le bassin de Saint-Maximin. En effet, la qualité de ses argiles réfractaires, de type kaolinitique ferrugineuse, ont permis de produire en quantité une gamme de produits résistant au feu, toujours en gris.
La batterie de cuisine se diversifie au tournant des XIIe et XIIIe siècles et de nouvelles formes apparaissent telles que les marmites à anses horizontales, les « pégaus » à fond plat, les jattes et les couvercles, ornés de bandes imprimées à la roulette ou à la molette. Une mutation technique radicale visant à imperméabiliser les récipients intervient au tournant du XIIIe siècle avec l’apparition de la glaçure plombifère et de l’émail, liés à la cuisson oxydante. Ce phénomène est bien reconnu par la découverte à Marseille, des ateliers du bourg des olliers dans le quartier Sainte-Barbe.

- Cruche à bec pincé en pâte claire vernissée régionale, Palais épiscopal, début du XIVe s.
Ces innovations ont été, de toute évidence, introduites par des potiers extérieurs à la Provence et sans doute originaires de la péninsule ibérique, de « al-andalus ». La plus ancienne diffusion de ce matériel, pour les artefacts émaillés en vert monochrome ou peints en vert et brun a été identifiée dans les niveaux du Palais de l’Archevêché, de la fin du XIIe / début XIIIe siècle, en association avec les céramiques grises d’Ollières. Ces transmissions de savoir-faire gagnent progressivement les ateliers circonvoisins tels que ceux d’Ollières, dont la diffusion se poursuit, mais avec une nouvelle gamme de produits plus attrayants, en argile rouge cuite en atmosphère oxydante et revêtue de vernis à l’alquifoux, un sulfure de plomb.

- Plat à marli émaillé et décor zoomorphe vert et brun, atelier de Marseille ou Avignon, Couvent Notre-Dame de Nazareth, début du XIVe s.
Les récipients culinaires conservent des formes comparables à celles produites auparavant en gris et la vaisselle de table, simplement vernissée, s’enrichit de cruches et de pichets de couleur brun rouge pour le service des liquides.
Mais le grand centre dominant en matière de culinaire, au Moyen Âge, est Saint-Quentin dans l’Uzège, terre d’élection de la poterie réfractaire, dont l’argile blanche fine est renommée pour sa capacité à supporter des chocs thermiques. La virtuosité des artisans et une concentration exceptionnelle de savoir-faire ont favorisé la diffusion de ses marmites, poêlons, pichets, jattes et couvercles, dans tout le Midi et au delà des frontières, loin en Méditerranée. Les cuisines du couvent royal des nobles dames de Nazareth témoignent de ce succès, lesquelles comptaient plusieurs centaines de ces pièces, déclinées dans toutes les tailles.

- figurine zoomorphe émaillée atelier de Marseille ou Avignon, Couvent Notre-Dame de Nazareth, début du XIVe s.
Les services, qui ne nécessitaient pas d’argile spécifique, proviennent essentiellement des ateliers de Marseille, jusqu’au début du XIVe siècle. Avec l’abandon progressif du bourg des olliers à partir de 1320 et sa destruction vers 1350, les potiers de la cité phocéenne ont pu rejoindre la cité pontificale, nouveau centre du pouvoir et de la finance. De ce fait, certaines formes en argile calcaire émaillée sont difficiles à séparer des modèles marseillais tardifs, en l’absence d’analyses de pâte systématiques. Ainsi, un répertoire de décors communs aux ateliers du Bas-Rhône en activité à cette époque (Avignon et Beaucaire), se retrouve sur les bols, les plats à marli, les jattes, les coupes, les albarelles et les cruches, peints en vert de cuivre et brun de manganèse sur fond d’émail blanc. Très souvent percés de trous de suspension au pied, ces amples compositions géométriques, florales et parfois zoomorphes, que l’on trouvait dans les demeures aixoises possédaient une double fonction, utilitaire et ornementale.

- Lampe sur pied glaçurée atelier de Marseille ou Avignon, Couvent Notre-Dame de Nazareth, début du XIVe s.
Une figurine modelée, zoomorphe est plus inattendue ; elle a pu servir de préhension, pour un couvercle ou un objet, ou d’applique sur un vase décoratif. Parmi les produits en argile calcaire simplement recouverts de glaçure monochrome verte ou jaune, des cruches à bec pincé et un grand nombre de lampes à réservoir et coupelle sur pied dans la tradition andalouse, de fabrication marseillaise sont également reconnus à Aix, tout comme des petites coupelles, des écuelles basses, des pots de fleurs, des bassins ou des mesures en argile sans revêtement qui étaient réservés à des usages plus quotidiens.













