L’apport de la céramique à l’archéologie

Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence
Ensemble de vases en céramique à pâte calcaire fabriqués à Aix-en-Provence

Tout site archéologique livre, dans des quantités et des états de conservation variables, des fragments d’objets en céramique, verre, métal, bois, pierre, ou bien encore en matière organique (cuir, tissu, os...). En tant que témoignages matériels d’une culture, ces vestiges mobiliers constituent, avec la documentation scientifique recueillie lors de la fouille (documentation écrite, graphique, photographique…), une des sources d’information principales à la connaissance d’un site et de la population qui le fréquentait.

Au sein de ce mobilier archéologique, la céramique a l’avantage d’être un matériau à la fois solide, pouvant se conserver pendant des siècles, mais aussi fragile et d’un coût faible, ce qui en garantissait un renouvellement régulier. Ne pouvant être refondu comme le furent le métal et le verre, il s’agit du matériel le plus abondant fourni par les fouilles.

La céramique : un objet d’étude
La céramique est un matériau de base pour la fabrication d’une multitude d’objets : vaisselle, récipients pour le stockage et le transport de produits, matériaux de construction, objets de la vie domestique (encriers, lampes à huile, tirelires...).
Ainsi, parmi les nombreux tessons mis au jour sur les sites, le céramologue procède à la caractérisation et au classement de chaque pièce selon des critères d’ordre morphologique, technologique et stylistique. Il dispose pour cela de méthodes et de techniques aussi variées que l’analyse de la pâte (observation à l’œil nu ou à l’aide d’une loupe binoculaire), le dessin, la photographie, la confrontation à des corpus de référence, et parfois les études en laboratoire (archéométrie).

Un document d’information pour des champs d’étude variés
Les formes, les aspects et les décors des vases évoluant dans le temps en fonction des changements de modes, d’habitudes culinaires et de pratiques artisanales, les céramiques constituent des marqueurs chronologiques. Alors que la fouille permet de reconnaître les événements qui ont marqué un site, la datation des objets permet de situer dans le temps ces événements et leur succession.

Ces objets du quotidien participent également à l’histoire sociale et culturelle en renseignant l’archéologue sur la nature de l’occupation du site qu’il étudie : une habitation, un magasin, un atelier ou encore une ferme ne livrent pas le même type de mobilier céramique. Ils sont, de la même manière, le reflet des pratiques alimentaires, et donc du mode de vie et du statut social des consommateurs. C’est ainsi que l’apparition, à la période romaine, de vases absents du répertoire indigène traduit une certaine forme de romanisation, par l’adoption de nouvelles coutumes - comme celle du passage de la bouillie au mijoté à l’huile d’olive - qui résulte soit d’une acculturation de la population locale, soit de l’arrivée d’une population étrangère.

L’étude de la céramique est aussi l’un des outils privilégiés des recherches sur l’histoire économique. Elle permet, en effet, d’appréhender l’organisation de l’artisanat et des réseaux d’échange, en s’appuyant sur l’origine des lieux de fabrication des vases, la place qu’ils occupent au sein d’un marché local, la nature des produits échangés, l’évolution des flux commerciaux...

Les modes de fabrication, qui sont des critères d’identification, sont enfin un champ d’étude à part entière, celui de l’histoire des techniques. Le passage de la céramique modelée à l’utilisation du tour, le recours au moulage permettant la réalisation de décors élaborés, ou encore l’apparition de la glaçure au Moyen Âge, représentent des évolutions techniques propres à une région et une époque.