Etudes des collections archéologiques

La mission de gestion et de conservation des collections a toujours été très étroitement liée à leur étude. Pour faciliter leur accessibilité et leur manutention, a été mis en place un mode de répartition des objets composant une collection, par grands domaines thématiques.
L’activité d’étude est d’abord liée à l’importante activité de terrain des agents de la Mission archéologique (analyse des vestiges mobiliers pour l’établissement du rapport de fouille).
Elle est également conduite dans une optique de recherche ou de publication, qui concourt à des partenariats avec d’autres chercheurs.

Depuis 2000, les collections communales font aussi régulièrement l’objet d’études par des chercheurs extérieurs au service. Encouragées et souvent soutenues matériellement par la Ville, ces études sont le plus souvent conduites dans le cadre de travaux universitaires.
Le choix de ces études peut être défini directement par la Direction Archéologie pour répondre à des besoins particuliers (étude d’ensembles remarquables, publications de fouilles, recherches thématiques liées à des programmes de recherche….) ou découler de problématiques propres aux chercheurs intéressés.
Publiques, les collections conservées par la Direction Archéologie sont toutes accessibles aux chercheurs et peuvent faire l’objet de prêt.

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Ensemble de vases en céramique à pâte calcaire fabriqués à Aix-en-Provence

Tout site archéologique livre, dans des quantités et des états de conservation variables, des fragments d’objets en céramique, verre, métal, bois, pierre, ou bien encore en matière organique (cuir, tissu, os...). En tant que témoignages matériels d’une culture, ces vestiges mobiliers constituent, avec la documentation scientifique recueillie lors de la fouille (documentation écrite, graphique, photographique…), une des sources d’information principales à la connaissance d’un site et de la population qui le fréquentait.

Au sein de ce mobilier archéologique, la céramique a l’avantage d’être un matériau à la fois solide, pouvant se conserver pendant des siècles, mais aussi fragile et d’un coût faible, ce qui en garantissait un renouvellement régulier. Ne pouvant être refondu comme le furent le métal et le verre, il s’agit du matériel le plus abondant fourni par les fouilles.

La céramique : un objet d’étude
La céramique est un matériau de base pour la fabrication d’une multitude d’objets : vaisselle, récipients pour le stockage et le transport de produits, matériaux de construction, objets de la vie domestique (encriers, lampes à huile, tirelires...).
Ainsi, parmi les nombreux tessons mis au jour sur les sites, le céramologue procède à la caractérisation et au classement de chaque pièce selon des critères d’ordre morphologique, technologique et stylistique. Il dispose pour cela de méthodes et de techniques aussi variées que l’analyse de la pâte (observation à l’œil nu ou à l’aide d’une loupe binoculaire), le dessin, la photographie, la confrontation à des corpus de référence, et parfois les études en laboratoire (archéométrie).

Un document d’information pour des champs d’étude variés
Les formes, les aspects et les décors des vases évoluant dans le temps en fonction des changements de modes, d’habitudes culinaires et de pratiques artisanales, les céramiques constituent des marqueurs chronologiques. Alors que la fouille permet de reconnaître les événements qui ont marqué un site, la datation des objets permet de situer dans le temps ces événements et leur succession.

Ces objets du quotidien participent également à l’histoire sociale et culturelle en renseignant l’archéologue sur la nature de l’occupation du site qu’il étudie : une habitation, un magasin, un atelier ou encore une ferme ne livrent pas le même type de mobilier céramique. Ils sont, de la même manière, le reflet des pratiques alimentaires, et donc du mode de vie et du statut social des consommateurs. C’est ainsi que l’apparition, à la période romaine, de vases absents du répertoire indigène traduit une certaine forme de romanisation, par l’adoption de nouvelles coutumes - comme celle du passage de la bouillie au mijoté à l’huile d’olive - qui résulte soit d’une acculturation de la population locale, soit de l’arrivée d’une population étrangère.

L’étude de la céramique est aussi l’un des outils privilégiés des recherches sur l’histoire économique. Elle permet, en effet, d’appréhender l’organisation de l’artisanat et des réseaux d’échange, en s’appuyant sur l’origine des lieux de fabrication des vases, la place qu’ils occupent au sein d’un marché local, la nature des produits échangés, l’évolution des flux commerciaux...

Les modes de fabrication, qui sont des critères d’identification, sont enfin un champ d’étude à part entière, celui de l’histoire des techniques. Le passage de la céramique modelée à l’utilisation du tour, le recours au moulage permettant la réalisation de décors élaborés, ou encore l’apparition de la glaçure au Moyen Âge, représentent des évolutions techniques propres à une région et une époque.

Ensemble d’objets de tabletterie. De gauche à droite : déchets et ébauches de taille, charnières, manches de couteaux, fusaïoles, poinçon, aiguilles, placage de meuble, épingles à cheveux, jetons, pion, dés à jouer.

L’homme contemporain imagine avec peine la place que l’animal tenait dans la société antique. Découpée et débarrassée de sa chair, son ossature constituait une « manne » pour la production d’objets manufacturés servant au quotidien. Les fouilles préventives réalisées à Aix-en-Provence ont bien mis en lumière cette chaîne opératoire allant de la bête sur pied à l’objet fini. En trente ans, elles ont livré près de deux mille objets en os et davantage encore de déchets. C’est qu’à la différence d’autres matières organiques telles que le cuir, les textiles, les vanneries ou le bois dont la préservation exige des conditions particulières (milieux très secs ou au contraire très humides), la matière osseuse a l’avantage de bien se conserver dans la grande majorité des contextes, ce qui explique que les objets en os ou en ivoire, soient assez bien représentés parmi les artefacts.
Il reste aujourd’hui à découvrir les lieux de production, qui devaient prendre place dans la ville et dans son immédiate périphérie, comme en témoignent les abondants rebuts de fabrication mis au jour tant dans les égouts que dans les dépotoirs périurbains.

De la bête sur pied à la matière première
La sélection se portait préférentiellement sur les os longs (radius, tibias) et plus précisément sur leurs parties centrales, qui offraient des surfaces lisses et une matière première assez épaisse pour être travaillée. On ne retrouve pas ces éléments dans les zones de rebuts spécialisées, mais seulement les parties délaissées, telles les extrémités des os longs, impropres au travail. Une fois la partie médiane retirée, celle-ci était débitée soit longitudinalement soit transversalement selon l’objet souhaité. Par la suite, l’ébauche était recalibrée, ce qui générait des fragments de taille variable, correspondant à l’enlèvement des surplus de matière première.
Pour réaliser ces opérations, l’artisan dispose d’outils variés. Il utilise la scie pour débarrasser l’os de ses extrémités et récupérer la matière première. Puis il divise cette dernière à l’aide d’un tranchoir et la dégrossit avec un ciseau ou une gouge. Il a recours au tour à archet pour fabriquer les éléments circulaires. À cet outillage s’ajoute le compas, employé pour élaborer les décors qui étaient ensuite ciselés à l’aide d’un couteau. La râpe finalisait les opérations pour gommer les imperfections ou irrégularités de l’objet fini qui était, enfin, poli.

Des objets pour des usages multiples
Le domaine de l’ameublement est surtout représenté par des charnières de différents modules, utilisées pour la fermeture de grands meubles ou de coffres : un élément court à trou unique et un élément long à double perforation. Ces objets sont très souvent rainurés et pigmentés de noir à leurs extrémités. Mais on trouve aussi d’autres pièces destinées à la décoration de coffrets ou de meubles en bois, tels les éléments de placage souvent décorés d’incisions concentriques doubles, alignées avec un trou de pointage en leur centre.

Au nombre des objets du quotidien, sont les couteaux de cuisine, fabriqués en matériaux composites. Leurs lames en métal sont généralement enchâssées dans un manche en os, pourvu ou non de décor. Les aiguilles destinées au travail du textile sont variées et répondaient à des usages distincts : sommet conique ou pyramidal, chas en forme de huit, de cercle, de rectangle simple ou double. L’activité de filage est, quant à elle, attestée par les fusaïoles, disques perforés en leur centre, qui servaient à filer la laine.

Friands de jeux de société, les Gallo-romains en possédaient de diverses sortes pour occuper leurs loisirs. Les plus prisés étaient les jeux de table, bien connus par les descriptions qu’en donnent les auteurs latins tels Martial, Ovide ou Suétone. Les fouilles en livrent régulièrement : dés de différentes tailles, avec un chiffrage composé d’ocelles doubles pour la majorité, pions bombés qui ont pu être utilisés pour le jeu de latroncules, jeu de stratégie dans lequel n’intervenait aucun élément aléatoire, et surtout jetons circulaires, plats, lisses ou moulurés, peut-être utilisés pour le jeu des « douze lignes » (ludus duodecim scriptorum), sorte d’ancêtre du trictrac.

Au sein de la tabletterie, la parure et la toilette tiennent une place importante, comme en témoignent les nombreuses perles, épingles et pyxides retrouvées. Utilisées pour la coiffure féminine, les épingles ont un corps renflé, leur tête est circulaire, ovale, avec un sommet arrondi ou conique. Il est assez rare qu’elles soient ornées. Les pyxides, petites boîtes circulaires fermées à l’aide d’un couvercle, servaient à conserver les onguents ou autres produits de beauté, dont la manipulation s’effectuait à l’aide de spatules ou de cuillères également en os. Les peignes étaient obtenus grâce à l’assemblage de plaquettes maintenues par deux traverses.

Sont généralement classés dans la catégorie des talismans, les médaillons fabriqués en bois de cerf, comme ceux qui ont été retrouvés aux Thermes ou dans le quartier Sextius-Mirabeau. Très courants dans l’Empire romain, ces objets sont peu fréquents en Gaule narbonnaise. Leur fonction prophylactique semble être liée à la matière utilisée pour les concevoir.

Il est une particularité assez remarquable des vases recueillis dans le couvent des Dominicaines, c’est le nombre de graffitis qu’ils portent. Sur les 2 242 objets recensés, 157 sont marqués, ce qui représente 7 % de la collection. C’est surtout la vaisselle de table qui est inscrite (90 %) et notamment les « belles » pièces originaires du monde ibérique (productions de Valence en Espagne, au bleu de cobalt et au lustre métallique (607), vases à décor vert et brun de Barcelone et du pays valencien encore), ou d’Italie (Ligurie, Pise). Même sur les pièces culinaires, le marquage a principalement concerné les importations, en l’occurrence les bassins glaçurés catalans.

La gravure et les motifs inscrits

Les marques relevées sont liées à l’utilisation des vases et gravées sur leur face externe. Qu’elle soit profonde ou fine, la qualité de la gravure est diverse ; sur certaines pièces, on note une certaine application ; le contour des traits est net et le dessin très lisible. Quelques graffitis ont, au contraire, été réalisés sans soin ou d’une main malhabile.
Sur les cent onze marques complètes ou restituables, on dénombre soixante-trois motifs différents : croix inscrite ou non dans un cercle, étoile à huit branches, chevron, échelle, trident, feuilles stylisées, motifs géométriques (608 et 609), blasons. D’autres, enfin, pourraient correspondre à des lettres.

Les représentations de blasons


Nous nous attarderons ici sur les motifs héraldiques qui forment un lot très intéressant. Vingt-quatre vases en sont pourvus et douze blasons différents ont été identifiés grâce au dessin précis ou explicite de l’écu. Ce travail s’est toutefois confronté à un écueil important, à savoir les problèmes de déchiffrement que pose la représentation des armoiries. De petite taille, les dessins sont souvent schématiques et d’expression réduite. La difficulté de graver a d’autre part conduit à privilégier les figures géométriques et à les simplifier. Celles-ci se limitent donc souvent aux seules pièces et partitions qui règlent la structure des blasons, mais qu’il n’est pas toujours aisé de distinguer. Enfin, pour décrire ces armoiries, il manque une composante essentielle, la couleur sans laquelle il est difficile d’identifier les dessins d’armoiries.
Le dessin de l’écu qui est l’élément principal de la composition héraldique, adopte en général la forme d’un triangle isocèle. Dans la plupart des cas, le graveur a toutefois pris la peine de donner aux deux côtés un tracé légèrement arrondi, conférant ainsi à l’écu une forme classique (610 et 611). Quelques exemplaires portent un timbre composé d’une croix (613) et 614).

Un souci de propriété et d’identification
Il fait peu de doute que ces graffitis sont des marques de propriété et leur nombre tient ici au contexte conventuel, qui fait vivre ensemble toute une communauté. Dans ce lieu où les espaces étaient en grande part partagés, marquer ses objets personnels permettait, en effet, de les reconnaître, et il n’y a rien d’étonnant à que ce souci d’identification des biens ait surtout concerné des objets précieux.

Du fait de son importance, cette pratique donne un éclairage intéressant non seulement sur les modalités de la vie monastique, où se devinent ainsi des espaces privés, mais aussi sur les comportements de ses occupants et sur les relations qui les animent. Par la place qu’elles donnent à la propriété privée, ces marques mettent en relief, d’une certaine manière, une forme d’individualisme. Le plus surprenant pour nous c’est qu’elles ne se manifestent pas seulement sur le beau mobilier, mais aussi sur des objets culinaires, ce qui laisse penser que même dans l’espace de la cuisine, lieu commun par excellence, pouvait régner la séparation des biens (voire des denrées).
Ces marques trahissent aussi l’affirmation de l’identité. Identité en qualité de propriétaire d’abord, mais aussi identité sociale comme en témoigne la série des blasons recensés. Car le choix de ce mode de marquage n’est pas neutre : en qualité d’emblèmes propres à une famille et soumis, dans leur composition et leur représentation, à des règles particulières, les armoiries sont l’un des signes essentiels de cette identité au Moyen Âge.
La question qui reste posée est celle de l’appartenance de ces armoiries, qui soulève celle du recrutement de ce monastère. Fondation royale, voulue et soutenue par la volonté de Charles II, roi de Sicile et comte de Provence, le couvent des Dominicaines d’Aix a accueilli les filles des plus illustres lignages de Provence et du royaume ; on y compte la sœur, puis la fille d’un connétable du royaume, Guillaume Etendard ; ses deux nièces également, filles de Raymond Ier des Baux, seigneur de Meyrargues, Puyricard et Éguilles, ou encore Laure de Sabran et Berengere de Lamanon, Sibille et Huguette de Roquevaire, toutes issues de grandes maisons nobles provençales. La richesse des moniales est du reste confirmée par le mobilier archéologique au sein duquel les importations luxueuses ont une place prépondérante, totalement atypique à Aix-en-Provence. Mais si la liste des sœurs présentes au chapitre de 1318, a permis à Noël Coulet de relever le nom de ces familles illustres, elle rappelle que leurs représentantes étaient peu nombreuses et que le recrutement de l’établissement touchait aussi les milieux marchands marseillais et aixois.
Il serait donc sans doute erroné d’imaginer que les marques héraldiques répertoriées se rapportent aux seules moniales issues de la noblesse. Comme l’a bien démontré Michel Pastoureau, si l’art héraldique est, à l’origine, affaire de dynastes et de feudataires (soit vers le milieu du XIIe siècle), il a rapidement été adopté par une large part de la société. Dès le début du XIIIe siècle, toute la petite et moyenne noblesse en est pourvue, et à sa suite, les familles non nobles : bourgeois, artisans, commerçants...

Ainsi, avec l’impressionnante série de marques de propriété conservées sur le mobilier utilisé par ses occupants, nous abordons le couvent de Notre-Dame-de-Nazareth sous un angle particulier, celui de son histoire sociale.

L’amorce de l’étude engagée sur les enduits muraux de l’église des Prêcheurs, dans le cadre de sa restauration, a mis en évidence plusieurs campagnes décoratives qui ont accompagné les grandes phases de construction de l’édifice. Très inégalement documentées, elles témoignent de la complexité architecturale de cette église qui, dans sa construction comme dans son décor, est le résultat conjoint d’initiatives privées et de programmes continus orchestrés par les Dominicains.

Le Moyen Âge : le temps des faux-joints ?

Faux joints peints

Détruits ou au mieux profondément enfouis sous des revêtements plus récents, les décors peints médiévaux ne sont que très partiellement connus. Seuls deux témoins ont pu être clairement identifiés sur des chapelles du XVe s. ou du début du siècle suivant, peu modifiées dans leur structure : la chapelle dite du baptistère et celle des Matheron. Il s’agit, dans les deux cas, de décor de faux-joints, restituant par des filets blancs simples, horizontaux et verticaux, un appareil régulier factice exécuté sur un fond badigeonné à l’ocre-jaune qui, selon une pratique reconnue dans nombre d’édifices aixois jusqu’à la fin de la période moderne, était destiné à uniformiser la teinte des parements en pierre de Bibémus . Ce motif simple ne saurait être le seul utilisé aux Prêcheurs, et il est fort probable, compte-tenu de l’importance de l’ordre au sein de la ville, que le chœur monastique, aient fait, au Moyen Age, l’objet d’un programme iconographique historié beaucoup plus ambitieux.

Un décor du XVIIe s. dans la chapelle des Matheron

Ciel étoilé - Chapelle des Matheron

Diverses campagnes d’aménagements ont, depuis le XVIIe siècle, altéré la structure de la chapelle des Matheron, sans toutefois en recouvrir le décor, et malgré plusieurs lacunes et un encrassement considérable, ce dernier est resté lisible. Cette grande composition à dominante grise, rouge et noir, se développe sur l’ensemble des parements de la chapelle, mêlant scènes historiées peuplées d’anges, éléments architecturaux en grisaille, rinceaux ornementaux qui soulignent les modénatures et ciel étoilé. À l’ouest, deux des trois vertus théologales, l’Espérance et la Charité, flanquent l’encadrement peint d’un ancien oculus oblitéré par le conduit d’une chaudière, dans les années 1960. Les restes d’une litre funéraire – ornement funèbre matérialisé par une bande noire peinte en limite inférieure du décor – confirment la vocation de cette chapelle qui porte, sur les culots de la voûte, les blasons d’un propriétaire non identifié.
Cet ensemble qui recouvre le décor de faux-joints, est antérieur aux travaux des frères Vallon (1691-1703).

La quadrature des Prêcheurs

Perspective en trompe-l’œil de l’abside - Jean-Claude Cundier

Le seul décor réalisé pour l’église réaménagée par Jean et Laurent Vallon, est la grande perspective en trompe-l’œil de l’abside, attribuée dès 1972 par Jean Boyer, à Jean-Claude Cundier (1650-1718). Partiellement masquée en 1845 par le maître-autel, cette architecture feinte ou « quadrature », est conçu comme une prolongation de la nef et intègre « une église dans l’église » pour reprendre les mots de Marie-Christine Gloton qui l’a minutieusement étudiée.
La dépose du mobilier et les sondages réalisés sur les élévations du transept, ont contribué à révéler deux autres perspectives peintes de même nature et assurément contemporaines de la grande composition de l’abside qu’elles annoncent. Couronnées de rinceaux en trompe-l’œil, fidèles copies des motifs en relief qui ponctuent les écoinçons des arcs de la nef et du chœur, ces peintures ont été, assez rapidement, semble-t-il, et à la différence du chœur, en partie repeintes et occultées par un nouveau mobilier (autels et retables ?).

Face à ce programme décoratif et iconographique complexe, à l’évidence conçu à l’initiative des Prêcheurs, le reste de l’église apparaît étonnamment dépouillé : les modénatures en pierre de Bibémus de la nef, du transept, du chœur et de l’abside ne reçoivent ainsi qu’un simple badigeon ocre-jaune, de la couleur de la pierre de taille. Cette sobriété semble marquer un état intermédiaire d’attente, mais put également être prévue pour magnifier les perspectives et leur valeur théologique, tandis que l’enduit blanc de la voûte est alors laissé brut.
Pour ce que l’on en sait, les décors des bas-côtés se distinguent par leur manque de cohérence et leur rupture avec le programme dominé par les perspectives de Cundier. Organisés autour des autels, ils semblent ainsi davantage résulter d’initiatives privées que d’un parti décoratif unique.

Après les frères Vallon

Les deux baldaquins travée Nord et travée Sud

Au cours du XVIIIe siècle, la nef, le transept et le chœur sont repeints selon le principe chromatique précédent : ocre-jaune pour les modénatures, blanc pour les fonds enduits.
Sur les bas-côtés, se succèdent plusieurs décors devenus pour la plupart illisibles, à l’exception des motifs végétaux et bandeaux polychromes soulignant les arêtes de la voûte de la deuxième travée nord. La conception de chacun est alors liée au mobilier en place, comme en témoigne le baldaquin feint du bas-côté nord, pendant du modèle en relief situé au sud.
Devenue Temple de Raison à la Révolution, l’église est rendue au culte en 1802 sous le vocable de la Madeleine. Désormais dominent les tons de gris-bleu et beiges ocrés, dans les mutiples rénovations décoratives mises en oeuvre : faux-marbres gris ponctués de dorures dans l’abside, faux-vitraux en grisaille dans la nef et l’abside, auxquels s’ajoute sur l’arc triomphal et ses pilastres, une frise de médaillons à rosaces en staff. Seules la pose des vitraux et la chapelle de chœur Sainte-Geneviève (1897) introduisent une touche de polychromie à la fin du XIXe siècle.
Ces ultimes travaux décoratifs laissent place, au XXe siècle, aux campagnes de « nettoyage » qui ont éradiqué, dans les années 1970-80 notamment, une partie des enduits de la nef.