
- Sépultures à crémation mise au jour à l’emplacement du Conservatoire Darius Milhaud en 2011
Les débuts du Bronze final (1350 - 1150 av. J.-C.) sont connus à Aix-en-Provence grâce à la découverte d’une petite nécropole à crémation sur le site du conservatoire de musique et de danse. Les pratiques funéraires identifiées renvoient à des ensembles contemporains du nord-ouest de l’Italie, et notamment au site de Canegrate en Lombardie. Jusqu’à présent, l’utilisation de la crémation lors de cette période n’était connue, de ce côté des Alpes, qu’au travers de quelques exemples de Provence orientale. L’introduction de cette pratique jusque dans le bassin d’Aix, alors que d’autres traditions funéraires antérieures - comme le dépôt collectif en cavité naturelle - continuent d’être utilisées, évoque des processus d’acculturation ou de déplacement de personnes. Cette affinité avec les cultures du nord de l’Italie est aussi visible par l’intermédiaire du style des productions céramiques, bien que cela soit plus prégnant en Provence orientale que dans le sud de la vallée du Rhône. Concernant l’habitat, la continuité perçue sur le site de Pié Fouquet n’indique pas de modifications importantes. Une autre petite occupation à vocation agricole matérialisée par des silos pauvres en mobilier archéologique, semblable à celles connues pour le Bronze moyen, a également été décelée par un diagnostic archéologique au lieu-dit les Bornes à Aix-en-Provence.
La phase moyenne de l’âge du Bronze final, ou Bronze final (1150 - 1000 av. J.-C.), voit une multiplication des témoins d’occupation des zones de plaine. À Aix-en-Provence même, la présence de trois structures sur le site du collège Mignet pourrait correspondre, comme aux phases précédentes, à un habitat isolé. Il en va de même d’une fosse polylobée mise au jour récemment à Bigaron dans la plaine de Luynes. D’autres points de découvertes ne correspondant qu’à quelques structures, parfois un seul silo, évoquent des situations analogues. C’est le cas aux Rivaux du Marinas à Peyrolles-en-Provence, aux Craux à Puyloubier, à Beaulieu à Rognes ou à l’Escarasson à Mirabeau. Le site du Château de l’Arc à Fuveau, présente un nombre plus important de vestiges de cette période, matérialisé cette fois encore par des structures en creux. Ici, l’occupation pouvait prendre la forme d’un petit village ou hameau, à l’exemple de ce que l’on connaît sur le site de Laprade à Lamotte-du-Rhône dans le Vaucluse. L’architecture en terre utilisée pour la construction des bâtiments de ce site n’a laissé que des vestiges fugaces. La difficulté de lecture qu’ils soulèvent pourrait expliquer la méconnaissance de la forme des habitations sur d’autres gisements contemporains.
Le style céramique présent sur les différents sites de cette période s’insère dans un faciès commun au complexe méridional du Bronze final, s’étendant du Quercy à la Provence occidentale, qui se construit à partir des traditions antérieures tout en adoptant des caractères d’origine continentale, propres au style Rhin-Suisse-France orientale de l’est et du centre de la France.
La fin de l’âge du Bronze est également connue dans la région d’Aix-en-Provence par plusieurs points de découvertes. C’est plus précisément sa phase terminale, ou Bronze final (900 - 775/725 av. J.-C.), qui est documentée. Le meilleur exemple est donné par l’oppidum du Baou-Roux, où un mur de soutènement utilisant des stèles en remploi a été construit, après l’installation d’un premier habitat rapidement incendié. Réalisés sur poteaux porteurs, les bâtiments devaient avoir des murs en torchis. Le nombre important de trous de poteaux indique un regroupement de plusieurs unités d’habitations, ce que tendent à confirmer les nombreuses structures de combustion identifiées. Ce mode d’occupation de l’espace et les efforts de structuration accomplis tranchent avec l’isolement relatif des habitats observé pour les périodes précédentes. Le mobilier céramique se caractérise par un style polythétique, proche du faciès Mailhac 1 du Languedoc oriental, mais qui intègre aussi des caractères propres à la vallée du Rhône et aux Alpes, tout en développant des éléments originaux plus spécifiquement locaux. Une occupation du site de hauteur du Domaine de l’Étoile appartient également à cette phase. Il pourrait en aller de même pour du mobilier découvert sur l’éperon du Clos Marie-Louise. Il semble donc que l’on assiste, à l’extrême fin de l’âge du Bronze, à un nouvel épisode d’installation des habitats sur des sites perchés, par ailleurs identifié dans d’autres régions du Midi méditerranéen. Une occupation de plaine doit toutefois être signalée à Château Blanc à Ventabren. Elle se caractérise par la présence d’une sépulture individuelle réutilisant le tertre d’un monument néolithique, ainsi que par un ensemble de cinq foyers à pierres chauffées de forme subrectangulaire, alignés selon un axe nord-sud. Ce type d’aménagement à vocation culinaire pourrait être mis en relation avec des pratiques collectives. On en connaît de similaires, pour la période postérieure, à la rue des Bœufs, à Aix-en-Provence, et à la Bastide Neuve III, à Velaux. Cette phase de transition entre l’âge du Bronze et l’âge du Fer, dans le courant du VIIIe s. av. J.-C., est aussi documentée par une sépulture individuelle sous tumulus du Moullard à Lambesc.

- Silo de l’âge du Bronze final - Les Bornes, Aix-en-Provence
Au terme de ce tour d’horizon, on voit que la connaissance de l’occupation de l’âge du Bronze dans la région d’Aix-en-Provence repose sur une documentation éparse et relativement modeste, mais somme toute assez cohérente. Entre deux épisodes où les communautés semblent avoir privilégié les occupations de hauteur, les données plaident en faveur d’habitats isolés ou de hameaux de petite dimension, essaimés sur le territoire. Les cavités naturelles, bien que peu représentées dans la région, étaient également fréquentées comme l’ont révélé les fouilles de la grotte du Mourre de la Barque à Jouques. Cette dernière a fait l’objet d’une occupation à vocation pastorale durant tout l’âge du Bronze.
Il faut, une nouvelle fois, souligner le concours prépondérant de l’archéologie préventive et notamment des opérations de ces dernières années, dans la constitution de cette documentation. On peut donc aisément envisager un accroissement d’informations dans les années à venir. Néanmoins, les programmes de recherche sur cette période restent trop peu nombreux. Il ne s’agit pas uniquement de travaux de terrain, mais du développement d’appareils conceptuels permettant d’interpréter les données qui présentent, nous l’avons vu, de réelles discordances avec ce qui est connu classiquement pour l’âge du Fer ou même pour le Néolithique. C’est grâce à ces efforts conjugués que les sociétés de l’âge du Bronze sortiront peu à peu de leur anonymat.