Aix à l’âge de Bronze (2100 -725 av. J.-C )

C’est à la fin des années 1950 que la recherche sur l’âge du Bronze se développe dans le midi de la France, concentrée sur les régions karstiques, principalement sur les abris naturels, les grottes et les plateaux, au détriment des plaines alluviales, avec comme objectif l’étude des grandes séquences stratigraphiques, afin de caractériser les différentes phases de la Préhistoire récente.
C’est le développement de l’archéologie de sauvetage, puis de l’archéologie préventive, dans les années 1980 et 1990, qui permit de révéler une grande partie de la documentation de cette micro-région, en s’intéressant aux zones de plaine qui ont parfois enregistré de forts recouvrements sédimentaires.
Si les données modestes ne permettent pas de brosser un tableau détaillé des sociétés de l’âge du Bronze ni de chercher à réfléchir sur l’organisation des territoires exploités à cette période, il est possible de dresser un bilan de la documentation actuellement disponible dans cet espace, et de la confronter aux autres éléments de connaissance dont nous disposons sur les communautés de l’âge du Bronze du Midi de la France.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence
Le Baou-Roux - Bouc-bel-air

Le début de l’âge du Bronze ancien est connu sur le territoire communal grâce aux fouilles conduites sur le plateau du Clos Marie-Louise en préalable aux travaux du TGV Méditerranée. Il s’agit d’un éperon barré par une levée de terre qui, bien qu’elle ne soit pas précisément datée, pourrait être contemporaine de la première occupation du site. Le mobilier céramique qui s’y rapporte correspond au style du Camp de Laure, qui se caractérise par des vases ornés de décors barbelés de tradition campaniforme. Un attrait pour les positions de hauteur, parfois encloses, est notable à cette période. En témoigne, le Baou-Roux à Bouc-Bel-Air qui a livré une importante occupation de cette période, sans doute en architecture légère, ainsi que l’habitat perché du Col Saint-Anne à Simiane-Collongue. Cette prédilection pour les établissements de hauteur, qui semble moins marquée pour d’autres phases de l’âge du Bronze, pourrait signaler une période de trouble ou répondre aux besoins d’un système économique principalement tourné vers l’élevage. Les habitats de plaine ne sont toutefois pas inconnus, comme l’indiquent des découvertes du site de Château Blanc à Ventabren.

En revanche, les occupations de hauteur ne sont pas repérées lors de la phase récente du Bronze ancien. Les données restent indigentes pour cette époque, mais une série de diagnostics et de fouilles conduits dans la plaine de l’Arc à Velaux, au lieu-dit Bastide-Neuve, indiquent la présence d’un habitat de plein air qui pourrait correspondre à un village ou hameau relativement étendu, à l’image de ce que l’on connaît dans la moyenne vallée du Rhône. L’originalité de ce site est d’avoir livré une buse de soufflet en céramique, témoin indirect d’une pratique métallurgique, ainsi que des fours à coupole en terre de type tannour. La présence de silos et de vases de stockage indique par ailleurs qu’il s’agissait d’un habitat à vocation agricole. Un prolongement de l’occupation du site de Château Blanc lors de cette période est également signalé par quelques vestiges, ainsi qu’une sépulture en coffre réutilisant le tertre d’un monument du Néolithique récent.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence

Aucun site du Bronze moyen n’est actuellement connu sur le territoire de la commune d’Aix-en-Provence. Cette situation est cohérente avec ce que l’on sait à l’échelle du Midi de la France et de la vallée du Rhône, où les occupations de plein air de cette période sont peu fréquentes. Plusieurs découvertes, pour la plupart effectuées récemment, sont toutefois venues combler cette lacune dans le pays d’Aix.
Sur le site du Baou-Roux, cette phase correspond à une désaffection du plateau et seuls de rares vestiges peuvent être attribués au Bronze moyen. Un site de plaine localisé en prospection au pied de l’éminence, au lieu-dit Le Verger, peut toutefois signaler un déplacement de l’occupation.
Une habitation isolée, matérialisée par un bâtiment sur poteaux porteurs associés à plusieurs silos, a également été découverte au Moullard sud à Lambesc, lors des travaux préalables à la construction du TGV Méditerranée. Il s’agit à ce jour du seul plan d’habitat connu pour cette période en Provence. D’autres petits établissements de plein air ont été mis en évidence à l’occasion de fouilles préventives. C’est le cas aux Terres-Longues à Trets et au Château de l’Arc à Fuveau où seul un petit nombre de structures en creux peut être attribué à cette période (une à Trets et trois à Fuveau). Nous sommes probablement en présence, ici aussi, d’habitats isolés. Le site de Pié Fouquet à Rognes en constitue un autre exemple. Dans le fond d’un petit vallon, déjà fréquenté au Néolithique, un ensemble de structures en creux, comprenant notamment des silos, est attribuable à deux phases anciennes du Bronze moyen (Bronze moyen 1 et 2). Trois d’entre elles ont accueilli des sépultures datées du début de cette période. Une fréquentation domestique ou en lien avec des activités de stockage, peut également être déduite pour cette même époque, mais elle a fourni peu de vestiges. Plus riche en mobilier archéologique, la période du Bronze moyen 2 est marquée par un déplacement de l’occupation sur le site, suivie d’une dernière fréquentation datée du Bronze final 1. La modeste extension de ce gisement suggère, cette fois encore, la présence d’un habitat isolé ou regroupant un faible nombre d’habitations, dont la vocation agricole est suggérée par la présence de nombreuses structures de stockage des céréales.

Si ce type d’établissement, difficile à mettre en évidence quand il n’est pas associé à des vestiges d’autres époques, semble être la norme au Bronze moyen, les habitats de hauteur ne sont pas totalement inconnus. Un bon exemple est donné par le site du Domaine de l’Étoile à Simiane-Collongue qui a livré un important corpus de céramiques du début du Bronze moyen présentant des affinités marquées avec le style italique de Grotta Nuova. Sur ce même gisement, la présence de plusieurs moules en molasse et d’une épingle en bronze brute de coulée évoque la présence d’un atelier métallurgique daté pour sa part de la fin du Bronze moyen.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence
Sépultures à crémation mise au jour à l’emplacement du Conservatoire Darius Milhaud en 2011

Les débuts du Bronze final (1350 - 1150 av. J.-C.) sont connus à Aix-en-Provence grâce à la découverte d’une petite nécropole à crémation sur le site du conservatoire de musique et de danse. Les pratiques funéraires identifiées renvoient à des ensembles contemporains du nord-ouest de l’Italie, et notamment au site de Canegrate en Lombardie. Jusqu’à présent, l’utilisation de la crémation lors de cette période n’était connue, de ce côté des Alpes, qu’au travers de quelques exemples de Provence orientale. L’introduction de cette pratique jusque dans le bassin d’Aix, alors que d’autres traditions funéraires antérieures - comme le dépôt collectif en cavité naturelle - continuent d’être utilisées, évoque des processus d’acculturation ou de déplacement de personnes. Cette affinité avec les cultures du nord de l’Italie est aussi visible par l’intermédiaire du style des productions céramiques, bien que cela soit plus prégnant en Provence orientale que dans le sud de la vallée du Rhône. Concernant l’habitat, la continuité perçue sur le site de Pié Fouquet n’indique pas de modifications importantes. Une autre petite occupation à vocation agricole matérialisée par des silos pauvres en mobilier archéologique, semblable à celles connues pour le Bronze moyen, a également été décelée par un diagnostic archéologique au lieu-dit les Bornes à Aix-en-Provence.

La phase moyenne de l’âge du Bronze final, ou Bronze final (1150 - 1000 av. J.-C.), voit une multiplication des témoins d’occupation des zones de plaine. À Aix-en-Provence même, la présence de trois structures sur le site du collège Mignet pourrait correspondre, comme aux phases précédentes, à un habitat isolé. Il en va de même d’une fosse polylobée mise au jour récemment à Bigaron dans la plaine de Luynes. D’autres points de découvertes ne correspondant qu’à quelques structures, parfois un seul silo, évoquent des situations analogues. C’est le cas aux Rivaux du Marinas à Peyrolles-en-Provence, aux Craux à Puyloubier, à Beaulieu à Rognes ou à l’Escarasson à Mirabeau. Le site du Château de l’Arc à Fuveau, présente un nombre plus important de vestiges de cette période, matérialisé cette fois encore par des structures en creux. Ici, l’occupation pouvait prendre la forme d’un petit village ou hameau, à l’exemple de ce que l’on connaît sur le site de Laprade à Lamotte-du-Rhône dans le Vaucluse. L’architecture en terre utilisée pour la construction des bâtiments de ce site n’a laissé que des vestiges fugaces. La difficulté de lecture qu’ils soulèvent pourrait expliquer la méconnaissance de la forme des habitations sur d’autres gisements contemporains.
Le style céramique présent sur les différents sites de cette période s’insère dans un faciès commun au complexe méridional du Bronze final, s’étendant du Quercy à la Provence occidentale, qui se construit à partir des traditions antérieures tout en adoptant des caractères d’origine continentale, propres au style Rhin-Suisse-France orientale de l’est et du centre de la France.

La fin de l’âge du Bronze est également connue dans la région d’Aix-en-Provence par plusieurs points de découvertes. C’est plus précisément sa phase terminale, ou Bronze final (900 - 775/725 av. J.-C.), qui est documentée. Le meilleur exemple est donné par l’oppidum du Baou-Roux, où un mur de soutènement utilisant des stèles en remploi a été construit, après l’installation d’un premier habitat rapidement incendié. Réalisés sur poteaux porteurs, les bâtiments devaient avoir des murs en torchis. Le nombre important de trous de poteaux indique un regroupement de plusieurs unités d’habitations, ce que tendent à confirmer les nombreuses structures de combustion identifiées. Ce mode d’occupation de l’espace et les efforts de structuration accomplis tranchent avec l’isolement relatif des habitats observé pour les périodes précédentes. Le mobilier céramique se caractérise par un style polythétique, proche du faciès Mailhac 1 du Languedoc oriental, mais qui intègre aussi des caractères propres à la vallée du Rhône et aux Alpes, tout en développant des éléments originaux plus spécifiquement locaux. Une occupation du site de hauteur du Domaine de l’Étoile appartient également à cette phase. Il pourrait en aller de même pour du mobilier découvert sur l’éperon du Clos Marie-Louise. Il semble donc que l’on assiste, à l’extrême fin de l’âge du Bronze, à un nouvel épisode d’installation des habitats sur des sites perchés, par ailleurs identifié dans d’autres régions du Midi méditerranéen. Une occupation de plaine doit toutefois être signalée à Château Blanc à Ventabren. Elle se caractérise par la présence d’une sépulture individuelle réutilisant le tertre d’un monument néolithique, ainsi que par un ensemble de cinq foyers à pierres chauffées de forme subrectangulaire, alignés selon un axe nord-sud. Ce type d’aménagement à vocation culinaire pourrait être mis en relation avec des pratiques collectives. On en connaît de similaires, pour la période postérieure, à la rue des Bœufs, à Aix-en-Provence, et à la Bastide Neuve III, à Velaux. Cette phase de transition entre l’âge du Bronze et l’âge du Fer, dans le courant du VIIIe s. av. J.-C., est aussi documentée par une sépulture individuelle sous tumulus du Moullard à Lambesc.

Silo de l’âge du Bronze final - Les Bornes, Aix-en-Provence

Au terme de ce tour d’horizon, on voit que la connaissance de l’occupation de l’âge du Bronze dans la région d’Aix-en-Provence repose sur une documentation éparse et relativement modeste, mais somme toute assez cohérente. Entre deux épisodes où les communautés semblent avoir privilégié les occupations de hauteur, les données plaident en faveur d’habitats isolés ou de hameaux de petite dimension, essaimés sur le territoire. Les cavités naturelles, bien que peu représentées dans la région, étaient également fréquentées comme l’ont révélé les fouilles de la grotte du Mourre de la Barque à Jouques. Cette dernière a fait l’objet d’une occupation à vocation pastorale durant tout l’âge du Bronze.

Il faut, une nouvelle fois, souligner le concours prépondérant de l’archéologie préventive et notamment des opérations de ces dernières années, dans la constitution de cette documentation. On peut donc aisément envisager un accroissement d’informations dans les années à venir. Néanmoins, les programmes de recherche sur cette période restent trop peu nombreux. Il ne s’agit pas uniquement de travaux de terrain, mais du développement d’appareils conceptuels permettant d’interpréter les données qui présentent, nous l’avons vu, de réelles discordances avec ce qui est connu classiquement pour l’âge du Fer ou même pour le Néolithique. C’est grâce à ces efforts conjugués que les sociétés de l’âge du Bronze sortiront peu à peu de leur anonymat.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence

Documents joints