Au second âge du Fer (fin du Ve-début du Ier s. av. J.-C.)

Lieux funéraires et cultuels
Restes de l’équidé déposé dans une fosse - Clos Marie-Louise, Aix-en-Provence

Pour le second âge du Fer, l’absence de nécropoles à incinération est un élément remarquable de cette partie orientale du département, malgré l’existence d’agglomérations importantes. À ce jour, seuls deux ensembles de documents sont vraiment exploitables. D’abord la découverte du site de La Coulade à Rognes, qui laisserait envisager l’existence, en ce lieu, d’une ou plusieurs sépultures de la fin du IIIe s. ou des trois premiers quarts du IIe s. av. J.-C. Ensuite, l’inscription funéraire en gallo-grec remployée dans le village d’Alleins, qui fournit deux noms indigènes.

Plusieurs documents de la fin du second âge du Fer soulignent la force des pratiques cultuelles des Celtes régionaux. Ainsi, à Aix-en-Provence, le fossé fouillé sur le terrain Coq, pourrait témoigner, pour la première fois en Gaule méditerranéenne, de l’existence de banquets ritualisés autour de la consommation du vin, durant le dernier tiers du IIe s. av. J.-C., aux portes même de la nouvelle fondation romaine d’Aquae Sextiae. Si les traces de ces pratiques, bien connues en Gaule intérieure, ont pu surprendre par leur position dans la périphérie immédiate de la récente implantation italienne, nous serions tentés de lier aujourd’hui ces reliquats sacralisés à une action symbolique. Peut-être à la tenue d’une grande manifestation collective à la suite de l’éradication de l’aristocratie salyenne au lendemain de la prise d’Entremont, puis de la restauration de cette même agglomération sur d’autres bases politiques, incarnées par le fameux Craton du récit de Diodore de Sicile. Nous sommes peut-être là, vers 120 av. J.-C., face à un exceptionnel exemple de célébration d’un rapprochement entre les dirigeants du dernier état de l’oppidum indigène restauré et les nouveaux venus italiens, relations cordiales bien attestées durant une génération par la dynamique économique de l’agglomération. À Aix-en-Provence, il faut peut-être également compter aussi parmi les expressions rituelles le dépôt, dans une fosse, des restes d’un équidé environné de vases en céramique et d’objets en bronze, découvert dans l’Abri des Fours .

Inscription gallo-grecque sur col d’amphore - Le Baou-Roux, Bouc-bel-air

La force des pratiques religieuses et de leurs rites dévotionnels transparaît aussi dans l’épigraphie régionale d’époque romaine : de Gréasque provient une dédicace à Belenos, divinité majeure du panthéon celtique et, de Venelles, une autre à Sylvain. Les cultes liés à des divinités topiques sont également bien illustrés par les dédicaces à Borbano provenant d’Aix-en-Provence, à Iboïta, au quartier de la Font-d’Arles à Lambesc et aux Vroicae et A[…]inenses près du château de Beaulieu à Rognes. La toponymie est parfois très explicite : le nom même du massif de la Sainte-Victoire est une évolution christianisée d’une référence à la divinité ouranienne Vintur(os), plusieurs fois attestée en Provence. Dans l’agglomération même du Baou-Roux une dédicace sur céramique montre la réalité d’offrandes à la divinité Aeiouitia, au cours du IIe s. av. J.-C. .

En effet, au sein des habitats, outre la certitude de pratiques votives familiales, existent des lieux cultuels plus importants. Dans la région, seule l’agglomération d’Entremont fournit au IIe s. quelques informations sur un probable lieu votif et l’édification d’espaces collectifs monumentalisés. La fouille d’une cour dans l’îlot 29, montre les restes d’une activité métallurgique du bronze sous la forme de plusieurs petites plaques percées, lamelles repliées, petits disques aux rebords perlés, etc, mais également de nombreux éléments de parures en verre (bracelets, perles surtout), le tout associé à des restes céramiques et osseux (faune). Si le caractère profane de ces dépôts a pu être souligné, la typologie des vestiges en bronze et leur état spécifique (percement) induisent obligatoirement d’autres réponses, entre autres celle d’un ancien lieu cultuel détruit mais protégé. Par ailleurs, d’autres vestiges célèbres dans l’habitat 2 de cet oppidum révèlent des espaces plus monumentaux à caractère collectif.

Enfin, l’affirmation d’une classe sociale dominante, bien présente dès le Ve s. av. J.-C., transparaît dans quelques habitats du second âge du Fer, dont, encore, l’agglomération d’Entremont. À l’entrée principale de cette dernière est disposé, vers 150 av. J.-C., un lot d’au moins vingt statues présentées isolées ou groupées, sous la protection de petits bâtis. Le message premier de cette iconographie est lié aux valeurs héroïques propres à l’aristocratie, des personnages de haut rang, assis en tailleur et entourés des simulacres de trophées de victoire que sont les têtes coupées. Autour d’eux figurent des guerriers armés et montés sur des équidés d’assez petite taille, avec la présence de femmes, assises, en tenue d’apparat. Les situles, présentées par ces dernières à bout de bras, attestent leur participation active aux rituels des libations. La répétition de cette trilogie thématique, la multiplicité des mains d’artisans, la longue chronologie proposée pour leur réalisation (entre le début du IIIe s. et le début du IIe s. av. J.-C.), comme leur concentration en bordure de la voie principale, suggèrent un double phénomène : cette statuaire était initialement dispersée en plusieurs points du territoire, puis a été réunie à l’abri la fortification à l’amorce des conflits à répétition avec Marseille et son allié italien. Les données stratigraphiques montrent sans ambiguïté que ces œuvres ont été volontairement détruites à l’issue de la première attaque de l’oppidum, en 124-123. De fait, ces symboles en grandeur naturelle, véritables images des élites au pouvoir, n’étaient initialement pas destinés à être présentés dans une agglomération, mais bien davantage au sein de sanctuaires territoriaux liés à des domaines ruraux directement dépendant des plus grandes familles de la classe aristocratique.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence