La ville d’Aix bénéficie amplement du grand commerce méditerranéen, par le truchement du port de Marseille. Les comptages et évaluations « en nombre minimum d’individus » qui rendent compte du nombre d’objets archéologiquement complets, réalisés à partir des contextes de fouilles, montrent dans la plupart des cas une belle proportion d’importations qui atteint son maximum, soit les trois-quarts des pièces, dans le couvent des nobles dames de Nazareth.
Mais tous les sites n’ont pas connus, entre le XIIe et le XIVe siècle, ce riche achalandage, bien que de plus modestes séries, sur d’autres sites aixois reflètent cependant des arrivages de même origine, venus des quatre coins de la Méditerranée, en particulier dans le palais de l’Archevêché.
La Méditerranée arabe livre un petit lot de céramiques identifiables seulement à partir de la fin du XIIe siècle. À l’image de la plupart des contextes provençaux contemporains, on y dénombre des pichets, des coupelles et une seule lampe à glaçure verte originaires de Sicile ou du Maghreb, ainsi que des faïences peintes en bleu de cobalt et en brun venus de l’Ifriqiya (actuelle Tunisie). Parallèlement, de rares majoliques de Sicile, peintes selon la même bichromie sont aussi recensées.

- Margelle de puits à décor imprimé, Andalousie, couvent des dominicaines de Notre-Dame de Nazareth, début du XIVe s.
De grandes jarres pour contenir de l’eau, dont des fragments ont été exhumés au Prieuré de la Sainte-Victoire ainsi qu’une exceptionnelle margelle de puits à pans coupés dans la cour du couvent de Notre-Dame de Nazareth, illustrent ces grands contenants d’une superbe qualité plastique. Leur décor islamisant divisé en registres, imprimé au tampon sous glaçure, renvoie à des modèles almoravides et almohades du Maghreb. Mais ces motifs très stéréotypés, sont aussi très proches de ceux produits dans la péninsule hispanique, en Andalousie et au Portugal.
Des vases tout aussi luxueux, en pâte siliceuse revêtue de glaçure alcaline, sont parvenus de la vallée de l’Euphrate ou de la Syrie jusqu’au couvent de Notre-Dame de Nazareth, sans doute par le relais chypriote qui n’est représenté, pour sa part, que par un fragment de coupelle engobée sous glaçure orné de palmettes en champlevé.

- oupes à décor « a sgraffito », Ligurie, couvent des dominicaines de Notre-Dame de Nazareth, XIVe s.
Mais le vrai marché de la céramique au bas Moyen Âge est écartelé entre les deux péninsules, l’Italie et l’Espagne, qui fournissent des théories de terres cuites, des plus communes aux plus sophistiquées.
La proche Ligurie fournit, dès la fin du XIIe et pendant tout le XIIIe siècle, des céramiques de table et de cuisine. L’origine de jattes et marmites en argile modelée glaçurée, considérées comme ligures d’après leur concentration et diffusion en zone littorale, est aujourd’hui remise en question au vu des analyses pétrographiques des pâtes. Néanmoins aucune comparaison ne permet de les attribuer à un centre italique, égéen ou espagnol ayant produit ce type de vases culinaires à gros tenons de préhension, certes frustes mais néanmoins vernissés.
L’origine de la vaisselle engobée et incisée, dite « graffita arcaica tirrenica », est par contre bien assurée et de beaux services, essentiellement des formes ouvertes, produites à Savone sont très présentes sur les tables aixoises. La Toscane livre pour sa part des majoliques de Pise, peintes en vert et brun, des bols, des coupes et des pichets, avec alternance de revêtement au plomb donnant une couleur rouge à l’intérieur ou à l’extérieur des formes. D’autres modèles peu fréquents, peints en bleu et brun sur émail sont produits dans le val d’Arno à Montelupo.

- Coupes en faïence, décor vert et brun, Barcelone, couvent des dominicaines de Notre-Dame de Nazareth, début du XIVe s.
Quant à l’Espagne redevenue chrétienne, elle livre depuis la Catalogne, des formes utilitaires telles que de grands bassins ou de grosses cruches simplement vernissés en jaune miel ou vert, produits dans les ateliers de Barcelone. Les services émaillés et peints en vert et brun qui les accompagnent, regroupent des écuelles, bols, coupes, ainsi que des lampes à coupelle et anneau de suspension.
Mais les importations les plus luxueuses proviennent des ateliers andalous de Malaga et Valence qui ont rivalisé de virtuosité. La documentation recueillie à Aix, dans le couvent royal, constitue à ce jour le plus extraordinaire répertoire de bols, coupes, lampes, pichets à décor bleu de cobalt rehaussé de lustre métallique de la fin du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle. Cette quantité d’artefacts de grande qualité est unique en Provence, tout comme les séries peintes en vert et brun, issues des officines valenciennes.
À la fin du Moyen Âge, si la Catalogne continue d’approvisionner en contenants vernissés, Valence devient en revanche l’unique fournisseur de « loza daurada », produite alors en masse et qui envahit tout le marché pendant les XVe et XVIe siècle .

- vaisselle décorée en bleu et lustre, Valence, couvent des dominicaines de Notre-Dame de Nazareth, début du XIVe s.
Les sources écrites concernant les produits d’apothicairerie en rendent compte à leur façon, elliptique. Elles évoquent cependant bien la réalité des échanges avec l’Espagne. L’inventaire de l’apothicaire d’Aix-en-Provence, Jean Salvatoris, daté de 1443 mentionne ainsi des pots « operis cathalonie » (ouvrage de Catalogne). Jean Raynerii, apothicaire en 1466, possède des pots peints de bleu et d’autres peints de vert dans sa boutique où sont présents d’autres vases et des boîtes identifiées comme valenciennes « dorées ».
Toujours à Aix, en 1506, un état d’apothicairerie enregistre plus de 59 pièces de Valence et de « terre de pays » dont on ignore ce qu’elles furent une fois de plus. En 1539, il est encore fait mention d’achat d’un pot de confiture de Valence qui pourrait correspondre aux pots larges et bas, décorés en bleu et lustre, fréquents dans les contextes archéologiques aixois de la fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle, en particulier dans la fouille du parking Pasteur et du 8, rue de Littera.
