Il y a environ 10 000 ans, dans différentes régions du monde, avec la sédentarisation des habitats et l’évolution démographique, sociale et idéologique qu’elle implique, la production de nourriture, à travers la pratique de l’agriculture et de l’élevage, s’est progressivement imposée comme le fondement économique de l’humanité, bientôt accompagnée par l’apparition de la céramique. C’est le Néolithique.
Vers 7 000 ans avant notre ère, dans notre région, les petits groupes humains du Mésolithique présents sur le site de l’abri des Bœufs, à Ventabren, par exemple, vivent encore de la chasse au petit et gros gibier, de la pêche, de la collecte des coquillages et des plantes sauvages. Les conditions climatiques sont alors tempérées et un peu plus humides qu’actuellement. Elles permettent le développement de forêts de feuillus, en particulier de chênes à feuilles caduques (le chêne blanc). C’est dans cette ambiance qu’apparaissent, pendant le VIe millénaire avant notre ère, les premiers agriculteurs et pasteurs. Leur origine précise est inconnue, mais elle est manifestement étrangère. Il n’y a pas, en effet, d’évolution continue depuis les époques antérieures et pas d’invention sur place des nouvelles techniques. Ces premiers hommes néolithiques provençaux sont des immigrés originaires d’on ne sait trop où, mais assurément de régions maritimes méditerranéennes. Marins avant d’être paysans, ils apportent les céréales (blé, orge), les animaux domestiques (moutons, chèvres, bœufs), la poterie, le polissage de la pierre et, probablement, de nouvelles croyances et de nouveaux modes de relation non seulement entre les hommes, mais aussi entre ceux-ci et leur environnement.
Les productions de ces premiers paysans sont caractérisées par une céramique aux formes simples, principalement sphériques, dont la surface est décorée d’impressions à la coquille de cardium (d’où son qualificatif de cardial). Elle est accompagnée de fortes lames de silex et d’armatures de traits de forme géométrique trapézoïdale ou triangulaire, dite à tranchant transversal.

- Abri des Fours - Mion, Grand Arbois Aix-en-Provence
Les vestiges de ce premier Néolithique sont particulièrement rares sur le territoire d’Aix-en-Provence. On peut seulement mentionner un petit fragment de céramique décorée d’impressions au cardium provenant de l’Abri des Fours, sur la bordure orientale du plateau du Grand Arbois, découvert à l’occasion des opérations d’archéologie préventive conduites sur le tracé de la ligne du TGV Méditerranée.
Cette quasi absence de vestiges du Néolithique ancien n’est probablement due qu’au hasard des recherches et des découvertes, puisque la Provence compte plusieurs sites majeurs témoignant non seulement d’installations en grottes et abris sous roches, mais également sur de vastes habitats de plein air. Références pour cette période, on mentionnera dans notre région, l’abri de Châteauneuf-les-Martigues et les sites des îles de Marseille dans les Bouches-du-Rhône, la grotte de Fontbrégoua à Salernes dans le Var, et l’habitat de plein air du Baratin, à Courthezon, dans le Vaucluse.
Dans le pays d’Aix ou sur ses marges, des vestiges de cette période sont également connus. Par exemple dans la grotte du Mourre de la Barque à Jouques, à environ 25 km au nord-est d’Aix-en-Provence, sur la rive gauche de la Durance, non loin du défilé de Mirabeau. Cette petite cavité exiguë, découverte en 1992 et fouillée par Stéphane Renault et Samuel van Willigen, n’a sans doute accueilli que des occupations temporaires, mais, par sa stratigraphie exceptionnelle, elle est une référence pour le Néolithique provençal et l’âge du Bronze. Pour le Néolithique ancien, les différentes strates archéologiques qui y ont été explorées, montrent l’évolution des productions céramiques pendant tout le Cardial.
À l’extrémité orientale du massif de la Sainte-Victoire, à 22 km du centre ville, c’est la grotte des Ayaux à Pourrières qui a livré une petite série de poteries décorées d’impressions au cardium, dont le style témoigne d’une phase avancée du Néolithique ancien. Enfin, à 13 km au sud d’Aix-en-Provence, l’habitat perché du col Sainte-Anne, situé sur le revers nord de la chaîne de l’Étoile et dominant les bassins de Gardanne et d’Aix-en-Provence, a révélé, à l’occasion des fouilles dirigées par André Muller, une fosse contenant un abondant mobilier céramique et la sépulture d’un individu probablement de sexe féminin, également rattachés à une phase récente du Cardial.