Les politiques publiques d’aménagement urbain

En dépit de l’émergence de classes moyennes, largement issues de la fonction publique, les orientations urbanistiques restent dictées par le monde de la robe, surreprésenté au sein des élites politiques. La démarche des années 1920, visant à subordonner la planification à l’emprise fonctionnelle du thermalisme, constitue un contresens de taille, corrigé partiellement durant la décennie suivante. La planification des années 1930-50 est un outil conceptuel de légitimation des conservateurs au pouvoir. Ce n’est pas un hasard si la relance du plan d’extension, interrompu par les radicaux entre 1935 et 1940, intervient à l’initiative de la municipalité vichyste de Coq. Découvrant la crise des quartiers populaires, l’approche urbanistique, orientée vers la définition d’une ville centrale de prestige, aboutit au périmètre distinctif du Vieil Aix en 1942. L’émergence de la politique sociale, principal enjeu d’après-guerre, introduit une nouvelle échelle de valeurs. La croissance rapide de 46 053 habitants en 1946, 54 217 habitants en 1954 puis 72 696 habitants en 1962 scelle la fin du mythe de la ville finie et immobile. Le modèle retenu par la municipalité Mouret de centre-droit, entre 1945 et 1965, ne remet pas en cause le tripode université / tourisme culturel / patrimoine. En 1952, la construction innovante du programme des 200 logements, cours des Alpes, par l’architecte Pouillon pose les jalons d’une requalification des espaces centraux profitant aux classes moyennes plutôt qu’aux pauvres du centre taudifié. Le curetage de l’îlot des Cardeurs après 1957, concomitant de la création des premières cités HLM en périphérie, esquisse une politique de relogement des populations défavorisées. La réalisation de la couronne de cités à habitat collectif de type HLM en périphérie lointaine, au nord, à l’est et à l’ouest du noyau urbanisé, fonde une autre ville dans les années 1960-70.

L’acceptation d’une périphérie à dimension sociale, celle des ZAC impliquant des continuités et des interconnexions avec le noyau historique élargi à la ville du XIXe siècle, constitue le grand chantier de la seconde moitié du XXe siècle. Le grand projet public de la ZAC Sextius Mirabeau des années 1992-2001 restructure en profondeur le site de la gare de marchandises et celui du faubourg industriel du XIXe siècle. Il constitue le symbole d’une politique ambitieuse de transformation urbaine qui parvient à déplacer le centre de gravité de la ville centrale à l’ouest du cours Mirabeau, prolongement tardif du projet Jourdan de 1930 ordonné autour du simple déplacement de la gare et de la création d’un jardin péricentral. Il pose les bases d’une continuité entre deux espaces disjoints, la ville historique attractive et la périphérie occidentale récente masquée.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence