Le nom, la population et le statut d’Aquae Sextiae

Stèle dédiée au duumvir (membre d’un collège de 2 magistrats) Lucius Antonius Rufinus - Epoque Flavienne - Parking Signoret 1991

Le caractère intemporel des épithètes utilisées par Strabon ou Cassiodore pour désigner la ville ne permet pas de dire si elle reçut le nom d’Aquae Sextiae dès sa fondation, ou si celui-ci lui fut donné ultérieurement, en souvenir du proconsul C. Sextius Calvinus. Elle le porte en tout cas en 102 av. J. - C., puisque c’est dans ces termes que l’abréviateur de Tite-Live la désigne pour localiser les batailles décisives de Marius contre les Cimbres et les Teutons : « Par deux combats enfin, livrés près d’Aquae Sextiae, il anéantit ses ennemis ».

Par ailleurs, le nom par lequel Pline l’Ancien – ou sa source augustéenne – désigne Aix : Aquae Sextiae Salluviorum, étaie bien l’hypothèse que la ville fut dès l’origine celle de Salyens, destinée à se substituer dans cette fonction, à leur capitale Entremont. Le nom commun, aquae, renvoie aux sources auprès desquelles elle fut établie, le nom propre, Sextius, à son fondateur et l’ethnique Salluviorum, à sa population. Comme l’avait bien relevé Paul-Albert Février, dans ce dernier terme, se mêlent le passé et le présent ; au rebours d’Arles, Narbonne ou Fréjus, Aix-en-Provence ne doit pas son statut à une déduction de vétérans. Elle est une ville indigène, ce qu’ont confirmé certains aspects de la vie quotidienne des plus anciens Aquenses.
En dehors de la garnison romaine, le premier noyau humain fut, en effet, sans doute constitué de Salyens, et l’on ne peut s’empêcher ici de penser au philoromain Craton et aux neuf cents Salyens d’Entremont mentionnés par Diodore de Sicile, qui échappèrent à l’esclavage pour s’être ralliés à la cause romaine. La ville dut par la suite attirer une population plus nombreuse et variée, constituée d’autochtones ayant accepté la domination de Rome et venus s’établir dans la nouvelle agglomération, peut-être aussi de vétérans de l’armée romaine, ainsi que de commerçants italiens dont la conquête favorisait l’activité.

L’évolution du statut juridique de la ville est encore incertaine. Si Pline cite bien Aquae Sextiae au nombre des oppida latina, qui étaient des « communautés de droit latin », il ne précise pas la nature de son statut, colonial ou non colonial. Encore simple cité de droit latin, dans la seconde moitié du Ier s. av. J.-C., Aix-en-Provence est par la suite désignée comme colonia Julia Augusta, titulature indiquant qu’elle a reçu le droit colonial d’Auguste. Nous ignorons toutefois s’il s’agit alors d’une colonie latine ou romaine. En 1991, la découverte d’une inscription datée de l’époque flavienne et mentionnant la présence de duumvirs à la tête de la colonie, permet d’avoir la certitude que la ville était une colonie romaine au moins à ce moment. Son évolution urbaine laisse toutefois penser qu’elle le fut avant cette date, peut-être sous Vespasien.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence