
- Piscine des Thermes Sextius 1935
L’appareil hôtelier, en matière d’offre qualitative, demeure insuffisant pour accueillir de riches touristes d’Europe du Nord et rivaliser avec des stations thermales de même taille. L’hôtel des Princes, construit en 1785 sur le cours Mirabeau, seul hôtel de luxe accueillant une clientèle anglaise, souffrant de l’absence de chemin de fer, cesse son activité en 1874. Situé sur le cours Mirabeau, l’hôtel Nègre-Coste, à l’origine un garni ouvert en 1822, prend son relais jusqu’en 1928, date de l’ouverture du palace du Roi René.
Porté par les radicaux Abram et Bertrand, le projet « Aix, ville d’eaux » de la période 1890-1920 pose les bases d’un développement thermal. En 1895, Abram reprend l’analyse du docteur Bourguet, publiée en 1880. L’excellence de la station hydrominérale aixoise procède, non point de la nature de ses eaux, mais plutôt de ses atouts touristiques. Entretenant un silence habile sur la température insuffisante des eaux thermales, il parie sur l’impact de l’excursionnisme. Le tourisme devient dès lors l’élément d’impulsion de la révolution thermale, couronnée par l’ouverture du casino municipal en 1924. La fabrication d’une station thermale renvoyant à la ville d’art, construction idéologique complémentaire de la ville d’eaux, la synthèse de ces deux concepts forge le slogan moderniste de « ville d’eaux et d’art », fer de lance du discours municipal défendant un modèle distingué de développement touristique durant tout le XXe siècle.
Alors que l’impulsion ferroviaire reste déconnectée à Aix de l’émergence du thermalisme, à la différence des autres villes d’eaux, la structuration du fait touristique offre la possibilité de compléter les articulations manquantes grâce à la création d’un Office de Tourisme.

- Office du tourisme - 1930
La ville souffre, en effet, du faible rayonnement d’un syndicat d’initiative apparu tardivement en 1919. L’Académie d’Aix ayant proclamé en 1923, que « le tourisme constitue une idée directrice de l’activité économique au profit possible et désirable de la ville d’Aix », en avril 1925, le conservateur Jourdan soutient le projet d’un pavillon de tourisme, place de la Rotonde, et propose à l’architecte Liautaud de construire « un pavillon dans le style du XVIIe ou du XVIIIe pour être en harmonie avec le style particulier de la ville ». De style néo-classique, alliant la pierre de taille et de larges ouvertures vitrées, l’édifice est surmonté par une vaste toiture-terrasse . L’idée qui prévaut alors est que le renouveau d’Aix doit passer par l’essor de la fonction touristique, vecteur de croissance des villes qui n’ont pas profité des dividendes de la Révolution Industrielle. Edifié sur la place de la Rotonde au carrefour de la RN 8 de Paris à Marseille et de la RN 7 de Paris à Nice, le pavillon de tourisme, achevé en juillet 1928, est destiné à diffuser le mythe de la « ville d’eaux et d’art ». Les nouvelles installations hôtelières proches de la gare, l’hôtel Moderne, avenue de la Gare, et l’hôtel du Roi René sur le boulevard éponyme, plaident en faveur d’une solution connectée avec le chemin de fer. Comme le transport de voyageurs en direction de Marseille sur une ligne de chemin de fer unique constitue un handicap important, en 1930, Jourdan émet le vœu d’un doublement de la voie profitable au tourisme. Cependant, la modernisation de la ligne n’est pas retenue par le puissant directeur de la Compagnie PLM qui justifie son refus par une politique de travaux visant à « augmenter le débit [des] grandes artères ». La recherche de la rentabilité par les compagnies privées aboutit depuis 1914 à une contraction du réseau ferré secondaire au bénéfice des axes majeurs.

- Première couverture du programme du Festival d’art lyrique 1948
En juillet 1948, le tourisme culturel profite d’une initiative privée, la création du Festival de musique par Dussurget dans la cour du palais de l’Archevêché. L’évènement rencontre un grand succès si bien qu’en novembre 1949, séduite par une manifestation consolidant son image élitiste, la ville propose de collaborer à son organisation. Le syndicat des hôteliers aixois met 500 chambres à la disposition des participants. Cette capacité hôtelière importante constitue, en apparence, un atout du pôle aixois. Mais le directeur du comité du Festival Bigonnet insiste, en 1949, sur la nécessité urgente de régler la question du logement des festivaliers. Devant la commission du Festival, il évoque le problème posé par l’insuffisance qualitative de l’appareil hôtelier dans le cadre d’un tourisme haut de gamme. L’offre de luxe se limite à l’hôtel Nègre-Coste, à l’hôtel du Roi René et à l’hôtel PLM, sur la route de Marseille, dont la capacité totale d’hébergement représente près de cent lits, soit le cinquième d’une offre dispersée en de multiples hôtels vieillissants. Ainsi, si les trois hôtels de luxe contribuent à la réussite de l’évènement, ils ne gomment pas les déficiences de l’infrastructure d’accueil dans les années 1950.