La destruction des remparts

Plan d’Aix-en-Provence en 1848
Porte Notre-Dame -1786

Au milieu du XIXe siècle, Aix présente les caractéristiques d’une ville endormie, repliée sur elle-même et en décalage avec les transformations qui affectent le monde des villes à cette époque. Les hôtels particuliers du quartier Mazarin et du cours Mirabeau sont mal entretenus et menacés de dépérissement. Les quartiers populaires du nord de la ville, aux densités plus fortes, sont marqués par une paupérisation croissante et par une exposition élevée aux épidémies de choléra.
En 1848, la ville est toujours enclose par une muraille d’une longueur de trois kilomètres, que longent deux lices, intérieure et extérieure. Dix portes, chacune dotée d’une architecture imposante et fortifiée par une tour, percent ce rempart et leur étroitesse ne facilite pas la connexion avec les voies extérieures. Le soir, elles sont toutes fermées, sauf deux. L’absence manifeste d’entretien de la fortification souligne le désintérêt des édiles pour un édifice dépourvu d’utilité défensive depuis l’entrée des Autrichiens en 1815. Mais si elle a perdu sa finalité militaire, l’enceinte conserve toutefois encore une utilité en matière de perception de l’octroi.

Au début du XIXe siècle, la ville fermée possède un espace non aedificandi autour de l’enceinte sous forme de couronne concentrique. En raison de la faiblesse de l’essaimage résidentiel de type faubourg, la ceinture fortement ruralisée englobe un abattoir moderne et une poudrière d’État en périphérie méridionale, l’hôpital Saint-Jacques et le marché aux bestiaux au nord de la porte Notre-Dame, l’asile d’aliénés au nord de la place Bellegarde, l’École des Arts-et-Métiers, des congrégations religieuses et les casernes Miollis et Forbin dans la périphérie orientale.

En

Projet d’extension de la partie gardée de l’octroi - Musée Arbaud

1848, le maire Aude pose l’acte fondateur d’une nouvelle configuration urbaine en décidant la suppression de l’enceinte et des portes qui vont être les premières concernées par les travaux de démolition. Les portes Bellegarde, d’Italie, de Villeverte, d’Orbitelle, ainsi que le rabaissement du rempart du cours Orbitelle sont mis à adjudication le 23 décembre 1848. Le chantier est réalisé entre mars et juillet 1849. La démolition de la porte des Cordeliers est effective le 10 mars 1851. La suppression des deux dernières portes, Notre Dame au nord et de la Plateforme à l’est, intervient plus tardivement, en 1874. Le chantier de démolition des dix portes s’est ainsi étalé sur une période de vingt-cinq ans. La rapidité des travaux sur les portes d’Italie au sud, de Villeverte et des Cordeliers sur le cours Sextius à l’ouest, s’explique par la fonction de nœuds qu’exercent ces trois entrées, connectées à l’axe routier majeur de la RN 7. Il faut aussi établir un lien avec le nouveau quartier de la gare de marchandises dans le prolongement du cours Sextius.
Les besoins d’espace urbain sont exprimés par une bourgeoisie qui accompagne le projet municipal dans la mesure où il lui permet de fuir le centre en voie de paupérisation. En détruisant les portes puis les remparts de manière sélective, les pouvoirs locaux facilitent, en effet, le glissement vers l’extérieur de populations mobiles désireuses d’une autre ville. Prise en 1880 par le maire radical Salomon Bédarride, la décision de démolition des remparts débouche sur la création de boulevards. Mais la perte de valeur symbolique de l’enceinte a permis des empiètements autorisés au détriment d’une structure devenue obsolète et, à plusieurs reprises, la ville a, par le passé, officialisé une privatisation de nombreuses parties du rempart au bénéfice de propriétaires privés, la propriété des remparts relevant du ressort communal et non plus de l’État depuis le début du XIXe siècle.

Projets et réalisations municipales de 1857 à 1930

La tolérance municipale participait d’une volonté de ne pas mécontenter le monde des petits propriétaires, les couches de l’artisanat et de la boutique au moment où la crise du logement s’affirmait dans le centre. Ce processus d’urbanisation illégale va compliquer la démolition de l’enceinte. Dans son avis rendu au maire radical Bertrand le 20 décembre 1900, le juriste Ripert dénonce les aliénations pratiquées depuis plus de soixante ans au détriment de l’édifice public. La démolition du rempart ne doit pas être entravée par la présence de constructions contiguës. Cette thèse consacre la fin de la privatisation du rempart sans remettre en cause les aliénations antérieures à 1900. La décision de suppression de l’enceinte, devenue un édifice-relique dans le domaine militaire, est toutefois différée pour des raisons fiscales. Le tracé du rempart matérialise, en effet, les limites du périmètre de l’octroi. En 1877, l’extension du périmètre fiscal facilite le démantèlement des fortifications.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence