
- La ville antique et médiévale imaginée par Esprit Devoux en 1762 - 1=Aquae Sextiae 2=Amphithéâtre
Pour la période des origines, excepté le fossé découvert sur le site des anciennes fonderies Coq, à plus de 500 m au sud de la ville, et daté de l’extrême fin du IIe ou du début du Ier s. av. J.-C. , il n’est encore à ce jour, dans l’aire couverte par la ville du Haut-Empire du moins, aucun vestige matériel pour témoigner des temps originels d’Aquae Sextiae, si bien que l’on ignore toujours la localisation et de l’oppidum mentionné par les auteurs anciens et de la garnison qui l’accompagna dans cette période troublée qui suivit sa fondation. Ce n’est cependant pas faute que l’historiographie aixoise se soit attachée à en reconnaître les traces. La ville primitive fut, en effet, successivement située à l’emplacement de la ville des Tours, de l’ancien palais comtal, puis du bourg Saint-Sauveur, soit autant de propositions qui découlent en fait de réinterprétations de la topographie médiévale, ces différents lieux correspondant à trois noyaux d’occupation urbains des XIe-XIIe siècles. Le choix du bourg Saint-Sauveur reposait notamment sur sa situation topographique – il occupe le point le plus élevé de la ville – et sur la présence de vestiges archéologiques que l’on croyait antiques, mais dans lesquels on a reconnu, depuis, ceux de la ville du XIIe siècle. Cette ancienne proposition a été infirmée par les fouilles réalisées tant dans la cathédrale Saint-Sauveur que dans le palais de l’Archevêché ou sur la place des Martyrs-de-la-Résistance. En révélant que le substrat y était directement surmonté par des vestiges de l’époque augustéenne, et donc postérieurs d’un siècle environ à la fondation de la ville, elles ont imposé de restituer ailleurs l’établissement romain originel et la garnison qui l’accompagna dans les premiers temps de son histoire. La garnison n’est du reste peut-être pas à chercher dans l’aire que recouvre la ville du Haut-Empire, mais plus à l’écart si l’on suit l’exemple d’autres sites militaires connus dans la région, tel Fréjus.

- La ville antique restituée par Michel Clerc en 1916 - 1=Castellum (Etablissement romain primitif) 2=La colonie (ville du Haut-Empire)
Quant à l’oppidum cité par Pline, deux hypothèses sont aujourd’hui envisagées. D’après les auteurs anciens, c’est en plaine et près de sources d’eaux chaudes et froides qu’il faut le restituer et, pour l’heure, le seul endroit où les recherches conduites entre 1991 et 1998 invitent à le placer, est le quartier des Thermes Sextius, soit au cœur même de la future agglomération gallo-romaine.
Cependant, la mise en évidence, après sa destruction, d’une importante réoccupation du site d’Entremont, jusque dans les années 90 av. J.-C., a légitimement ouvert sur l’hypothèse qu’elle pourrait correspondre aux premiers temps de l’établissement cité par les historiens latins, auquel cas il faudrait admettre que celui imaginé au pied de l’ancienne capitale salyenne n’existait pas encore ou se composait peut-être alors seulement de quelques maisons. L’hypothèse est séduisante, et elle a l’avantage d’expliquer le vide constaté à l’emplacement de l’agglomération pour cette période, mais elle est peu compatible avec la seconde destruction dont Entremont a fait l’objet, qui suggère une nouvelle intervention militaire des Romains contre une population indigène restée rebelle. S’il faut admettre aujourd’hui que l’oppidum est bien resté occupé, alors qu’un nouveau site se développait à quelques kilomètres de distance, on relèvera le caractère inédit et original de la coexistence, pendant une génération au moins, de deux pôles d’occupation au substrat indigène, en hauteur et en plaine.