Si, au début du IIIe siècle, la majorité des édifices publics semblent se maintenir et font même parfois l’objet de réaménagements, et si certains propriétaires se lancent encore dans de coûteux travaux d’embellissement (maison à la mosaïque au dieu Océan par exemple), la situation qui caractérisait le IIe siècle évolue. Les premiers signes de déclin se font d’abord sentir dans l’habitat résidentiel. D’abord très ponctuel, le phénomène de délaissement, qui pourrait s’être déjà amorcé à la fin du IIe siècle, va s’accentuer tout au long du IIIe siècle, et on en mesure assez bien l’ampleur dans tout le quartier nord de la ville, où de nombreuses domus sont progressivement abandonnées par leurs occupants. Dès lors, elles vont assez rapidement servir de carrière de matériaux, ce qui n’empêche pas qu’elles fassent parallèlement l’objet d’occupations temporaires, en total décalage avec leur qualité d’autrefois. Dans plusieurs maisons du site de Grassi, des pièces sont ainsi réinvesties par un habitat qui ne semble pas avoir été pérenne et présente un aspect rustique. En attestent quelques aménagements modestes, la présence de foyers domestiques dans des salles auparavant dédiées à une fonction d’apparat, et la constitution de dépotoirs dans des bassins d’agrément qui avaient dû faire l’orgueil des propriétaires initiaux.

- Débris de marbres amassés dans l’une des pièces de la domus du parking Pasteur
Là encore, le caractère pointilliste des données ne permet pas de percevoir comment s’opère ce délaissement ; l’image qui ressort est toutefois celle d’un tissu urbain mité de toutes parts, excepté dans les deux quartiers des Thermes Sextius et du forum oriental. Ce constat avait donné lieu, en son temps, à une expression très imagée de François Salviat qui évoquait un urbanisme « en peau de léopard ». Si le recul de l’urbanisation est un processus indéniable, on note aussi une certaine activité constructrice, perceptible en négatif, à travers la pratique de récupération des matériaux, qui se systématise, indiquant ainsi des chantiers de construction, en d’autres points de la ville.
La domus de Pasteur en est un bel exemple. Dans le courant du siècle, plusieurs de ses pièces d’apparat ont été transformées en dépôts de matériaux (marbre, tuiles) qui évoquent une certaine organisation dans la chaîne de récupération. C’est le temps du recyclage à grande échelle, les marbres servant à la fabrication de la chaux, les tuiles cassées à des usages sans doute variés comme la réfection des voies, cependant que de nombreux éléments architectoniques sont directement remployés dans les maçonneries.
Ce lent et progressif étiolement de la ville amorce le phénomène de rétraction qui affectera l’urbanisme ultérieurement.