Ainsi, en quelques décennies, ont été préservés plusieurs ensembles remarquables qui permettent d’appréhender le décor intérieur de l’habitat résidentiel aixois, sans lequel notre perception de l’univers intérieur des maisons resterait incomplète. Les peintures murales font partie d’un tout où l’architecture commande la décoration entière qu’elle magnifie, en en soulignant et développant les lignes. Ni « papier peint », comme on a souvent tenté de la définir, ni peinture noble qui désigne, dans l’Antiquité, la peinture de chevalet, la peinture murale est un art appliqué qui s’adapte à tous les lieux. Elle habille, en effet, les pièces d’usage courant et privé, orne les salles d’apparat, s’épanouit aussi bien dans les espaces intérieurs que dans les lieux publics. Pour peu qu’on l’observe avec attention, on y décèle le coup de pinceau du peintre, rapide ou au contraire soigné, délicat et aérien ou, à l’inverse, grossier.
Architectures en trompe-l’œil ou surréalistes, décors domestiques, natures mortes, portraits, figures fantastiques nées de l’imaginaire des peintres ou inspirées de la mythologie, scènes de la vie quotidienne, jardins luxuriants peuplés d’animaux, paysages et fonds marins... Toutes les surfaces enduites d’un mortier – murs, murets, banquettes, plafonds, colonnes et bassins – sont prétextes à divertir ou à instruire, à charmer l’œil. Expression ornementale, volonté d’intégration des élites locales désireuses de suivre les modes de la métropole, la peinture pariétale s’épanouit dans tous les lieux de vie de la cité, jusque dans les latrines, tant il est bien connu que les Romains n’aimaient pas le vide !
Au-delà des appréciations esthétiques et techniques qui rattachent ces œuvres du passé à l’histoire de l’art, à l’Histoire, la peinture, parfois agrémentée de stucs et de marbres, permet d’identifier la fonction des pièces grâce aux types de décors, dévoile les ambiances par ses jeux de couleurs, renseigne sur l’organisation du mobilier comme dans les tricliniums, révèle l’existence d’étages disparus. Elle permet, enfin, de restituer des volumes et des ouvertures disparus et d’évaluer les dimensions des parois alors même que les murs sont détruits, grâce aux proportions en usage dans les schémas décoratifs de cette période.
Support destiné à être masqué ou ornementé par la couche picturale, le mortier est enfin révélateur de techniques et de savoirs-faire : enduits hydrauliques de bassins d’agréments, enduits de plafonds, de voûte ou encore de colonnes, ils conservent parfois à leur revers l’empreinte de leur support disparu. Même récupéré ou détruit, le support maçonné peut alors être identifié et documenter l’architecture d’une pièce ou d’un espace.
Les stucs, également très présents dans la décoration des maisons, mais que leur naturelle fragilité a rendu plus vulnérable encore à l’usure du temps, couronnent généralement les zones hautes des parois sous la forme de corniches moulurées. Observés à plusieurs reprises dans l’effondrement des plafonds et des murs, ces éléments ont rarement été conservés.
Dès lors, l’étude de la peinture murale antique, et plus largement du décor pariétal puisqu’il est pluriel, s’inscrit, au même titre que l’architecture, dans une réflexion sur l’organisation et la fonction des espaces, ces derniers étant intrinsèquement liés, non seulement dans l’habitat, modeste ou luxueux, mais également dans les lieux publics.