Faits de matériaux lithiques, les pavements, qui ont résisté à l’usure et aux destructions du temps et des hommes, restent pour les archéologues le principal élément du décor de la maison. Ils fournissent un mode d’appréhension exceptionnel de ce que pouvait être la vie quotidienne dans une demeure antique. Même si à l’origine, ils étaient d’abord un moyen pratique inventé pour éviter la boue et la poussière de la terre battue, ou pour se substituer à la simplicité fruste de ce que l‘on appelle parfois des « bétons de propreté », les mosaïques se sont rapidement transformées en un véritable trésor d’images, créant un répertoire décoratif qui apporte les renseignements les plus précieux sur l’imaginaire de ceux qui y vivaient, sur leur culture et les mythes qu’ils aimaient.
Le décor en mosaïque, long et coûteux dans sa réalisation, devait être précédé d’une réflexion de la part du commanditaire, qui savait que les pavements de ses appartements ne seraient pas aussi éphémères que les peintures de ses murs. La mosaïque est aussi le produit d’un « dur désir de durer » et à ce titre, mérite toute notre attention, car au-delà des choix iconographiques, elle renvoie à des hommes et à leur univers mental dans un temps et dans un lieu donné.
Les chiffres à Aix-en-Provence sont éloquents puisque le nombre des pavements atteint situe la ville de Sextius au rang des premières cités de la Gaule.
À Aix, on a le sentiment que seuls les pavements à fonction décorative ont été prisés, depuis les tapis monochromes à l’élégante régularité jusqu’aux scènes figurées les plus rares, comme celles tirées de l’Énéide de Virgile, en passant par des grilles géométriques complexes où l’artisan se fait le géomètre exigeant de compositions minutieusement calculées à la règle et au compas.
L’opus sectile, ce tapis d’éléments de marbres polychromes soigneusement taillés, qui constitue pour les Anciens un revêtement encore plus apprécié que la mosaïque par le caractère coûteux des marbres exotiques utilisés, est particulièrement bien représenté.
Un des traits les plus frappants de la production d’Aix, est la quasi totale absence de sols de bétons de tuileaux simples ou incrustés de petits éclats bruts, de galets ou de marbres de couleurs qui sont si fréquents en Gaule et particulièrement à Marseille, avant même la conquête. Il semble que cette première phase au cours de laquelle le principe de base est le semis d’éléments hétérogènes sur un fond lisse, ou même sur un opus tessellatum neutre, soit inconnue à Aix.

- Restitution d’une pièce d’appartement combinant la mosaïque à décor géométrique (Domus de l’Aire du Chapitre) et la peinture murale (Domus au Salon noir)
Dès l’origine, Aix entre directement dans la période où dominent les champs unis faits de petits cubes réguliers, jointoyés avec régularité et rigueur. Dans des intérieurs que tout porte à croire assez sombres, ces tapis blancs donnent plus de luminosité.
cette adoption des tapis monochromes ornés d’une simple bordure, est pour les Gallo-romains ralliés à Rome « une manière de porter la toge ». Cette image des grands notables aixois convertis d’emblée aux modes romaines se traduit également par le répertoire géométrique des mosaïques en noir et blanc, toutes remarquables par leur classicisme.
Ce goût pour les compositions dites « isotropes », dont le motif de base peut se répéter dans toutes les directions sans autres limites que les dimensions de la pièce, ne traduit-il pas la tranquille assurance d’un art du géométrique qui prévaudra par la suite dans tout l’Empire ?
Un langage commun s’élabore et l’on passe du décor de la moquette unie à celui du tapis. On reconnait aujourd’hui l’existence d’ateliers itinérants venus de la capitale qui propageaient sans délais les motifs de pavements en vogue en Italie. La technique parfaite de la pose, la sûreté de main dont ces premières mosaïques font preuve et la similitude des compositions inclinent en ce sens.
Une transmission du savoir des maîtres mosaïstes, la diffusion de leur répertoire et un apprentissage de leurs techniques sont certains et préparent la naissance d’un ou de plusieurs véritables ateliers au IIe siècle à Aix-en-Provence, caractérisé par des images préférentielles, des variantes à partir de modèles iconographiques classiques et surtout des créations qui lui sont propres, faisant ressortir l’indépendance et l’éclectisme des mosaïstes aixois.
Quelques pavements aux images plus complexes qu’auparavant se font jour :
- Mosaïque de l’Orphée du Clos Milhaud
- Mosaïque de Bacchus et Ariane du 38-42 boulevard de la République
- Le pavement du dieu Océan
- Mosaïque de l’Amour contrit qui provient de la maison I de l’Enclos des Chartreux
Mais le propre de l’atelier d’Aix-en-Provence est d’avoir su inventer une scène de prédilection qui est véritablement sa marque, le combat de Darès et Entelle..
Si la mosaïque aixoise reflète la nouvelle cuisine à la mode, elle donne aussi un écho de son temps, elle est surtout très riche de par ses implications iconographiques comme de par son originalité.