Aix-en-Provence et la conquête romaine

On ne peut aborder la création de la ville sans revenir sur les événements qui l’ont motivée, et il faut pour cela remonter à la fin du IIIe s. av. J.-C. À cette époque, une grande partie du territoire provençal est sous la domination économique et politique de Marseille et de ses comptoirs littoraux, Tauroeis (Six-Fours-les-Plages), Olbia (Hyères-les-Palmiers), Antipolis (Antibes) et Nikaia (Nice). Dans l’arrière-pays, de nombreuses tribus gauloises se sont réunies au sein de trois grandes confédérations qui sont de véritables entités politiques : celles des Salyens, des Ligures et des Voconces.
Les pressions exercées par Marseille autant que la fédération menaçante de ces peuples indigènes aboutissent alors à une situation conflictuelle qui va entraîner une succession d’épisodes belliqueux. Ceux-ci vont donner à Rome l’occasion de construire les conditions d’une mainmise sur une région éminemment stratégique, la Transalpine. Couvrant un vaste territoire en bordure de la Méditerranée, compris entre les Alpes-Maritimes et Genève, à l’est, les Pyrénées et Toulouse, à l’ouest, les contreforts du Massif central et le cours supérieur du Rhône, au nord, cette région contrôlait, dans l’Antiquité, deux des axes les plus importants du monde méditerranéen occidental, la basse et moyenne vallée du Rhône, couloir de pénétration vers la Gaule chevelue, et les voies qui, de l’Italie par les Alpes ou le littoral, gagnaient la péninsule ibérique.

Fondation d’Aix par Caius Sextius Calvinus - Peinture de Joseph Villevieille début du XXe siècle - Salle des Etats de Provence, Hôtel de ville, Aix-en-Provence

Rome va ainsi intervenir militairement à plusieurs reprises en Transalpine, à la demande de Marseille avec laquelle elle entretient depuis longtemps des relations étroites qui servent le commerce italique. À l’est, elle contre par deux fois, en 181 et en 154, les actes de piraterie des Ligures Déciates et Oxybiens, qui mettent à mal le commerce maritime. Elle intervient à nouveau dans la partie nord-ouest de la Provence occidentale, où l’expansion salyenne inquiète Marseille. En 125 d’abord, avec le consul Marcus Fulvius Flaccus qui défait les Ligures, les Salyens et les Voconses ; en 124, avec Caius Sextius Calvinus qui triomphe de la capitale de la confédération salyenne, Entremont ; puis en 121 et 118, avec Cnaeus Domitius Ahenobarbus qui écrase successivement, à l’ouest, les Allobroges puis les Arvernes. Ni l’invasion des Cimbres et des Teutons, entre 113 et 102 av. J.-C., ni la nouvelle révolte des Salyens, en 90 av. J.-C., ne remettent en cause la domination romaine. La première est matée par le général Marius, la seconde par C. Caecilius. Dans cette région plus ou moins pacifiée, les Romains entreprennent de grands travaux d’infrastructure, notamment la construction de la via Domitia, impulsée par Cn. Domitius Ahenobarbus, dès la fin du IIe s. av. J.-C.

C’est l’intervention de 124 qui nous intéresse ici, et l’on doit au témoignage de la Chronique de Cassiodore, très postérieure aux événements qu’elle relate, de connaître tout à la fois les circonstances qui ont prévalu à sa conduite et ses conséquences. Menée par le consul romain Caius Sextius Calvinus, contre la « capitale des Salyens », assimilée à l’oppidum d’Entremont, cette opération militaire aboutit, deux ans plus tard, soit en 122, à la fondation, par le même C. Sextius Calvinus, d’une ville « où sont les eaux sextiennes ». Cassiodore nous livre ici une date et une définition. C’est bien, en effet, à une agglomération qu’il fait référence quand il désigne Aix par le terme d’oppidum, ce que confirme le géographe grec Strabon en utilisant à son tour le terme de polis pour qualifier le nouvel établissement qui fut, pendant un certain temps du moins, flanqué d’une garnison destinée à surveiller une région où la paix était encore incertaine.

Ce deuxième témoignage souligne bien les raisons à la fois militaires et politiques de cette fondation qui a marqué le terme de trois années d’une dure campagne menée par les Romains contre le peuple salyen. Première fondation romaine en Gaule, Aix est, en effet, une création volontariste de Rome, qui constitue un jalon important dans la conquête de la future Gaule narbonnaise, car elle marque l’installation physique des Romains en territoire gaulois. Cette présence se conforte en 118, avec la fondation de Narbonne, colonia Narbo Martius, première déduction de citoyens romains hors du territoire italien. C’est à partir de cette future grande place commerciale que va se construire la provincia Galliae Transalpinae. Elle donnera ultérieurement son nom à la province de Narbonnaise.


Direction archéologie - Ville d’Aix-en-Provence