Des découvertes romaines sur le terrain de l’hôpital

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Le mois dernier, les archéologues de la Ville d’Aix ont mis au jour une ancienne voie romaine. Les fouilles viennent également de révéler la présence d’une nécropole.

On se croirait en plein désert. Une terre aride, la pierre blanche réfléchissant une lumière éblouissante, une chaleur étourdissante, pas l’ombre d’un coin à l’abri du soleil, le bruit répétitif des outils grattant la pierre... Seules les cigales viennent rappeler que nous sommes là en Provence : à Aix, entre l’hôpital et l’avenue Philippe-Solari. Opérées par une dizaine de personnes de la direction Archéologie de la Ville, des fouilles ont débuté ici le 11 juillet dans un périmètre de 3 100 m² et vont durer jusqu’à début septembre.

Le projet de construction d’un parking sur le centre hospitalier du Pays d’Aix et la création d’une voie de bus le long de l’avenue Philippe-Solari avaient motivé, au printemps dernier, un diagnostic archéologique, confirmant l’occupation antique des lieux au cours des Ier et IIIème siècles de notre ère. Cette étude avait en effet permis – après sondage dans plusieurs tranchées – de repérer la présence d’une voie romaine et d’une tombe à crémation, motivant donc la prescription d’une fouille préventive par le service régional de l’archéologie de la Drac (direction régionale des affaires culturelles).

Le chantier archéologique entrepris a donc permis de conforter le diagnostic et de mettre au jour « un axe structurant inédit ; toujours supposé mais jamais vu », se réjouit la directrice du service Archéologie de la Ville Nuria Nin. En effet, le site se trouve à environ 200 mètres de la ville romaine, dans une zone où l’on pressentait depuis longtemps le passage d’une voie (la route des Alpes) dont l’actuelle voirie est l’héritière, mais aussi d’une nécropole, sur la foi des découvertes faites en 1954. Des travaux réalisés en bordure de l’avenue Philippe-Solari avaient en effet déjà révélé à l’époque les vestiges d’un mausolée et une urne funéraire en marbre.

Une leçon d’histoire

Aujourd’hui visible sur près de 50 mètres de long, à l’ouest de la route actuelle, cette voie se trouve surtout 4 m plus bas que cette dernière. Elle desservait la ville antique, se prolongeant en cardo maximus (rue nord-sud), une fois la muraille franchie. Entièrement construite en pierres et galets, elle mesure 9 mètres de large, et sa chaussée, dont les rives sont bien délimitées par une chaîne de pierres, est sillonnée d’ornières – des traces d’usure de charrettes - témoignant d’une intense utilisation. Sa structure rappelle à bien des égards la voie Aurélienne et son pendant littoral, respectivement fouillés en 1986 (Espace Forbin) et en 1994-1996 (Zac Sextius Mirabeau).

Les rives de cette voie sont aussi occupées par diverses structures qu’il reste à identifier. Pioche, truelle ou scalpel en main, l’équipe dirigée par l’archéologue Ariane Aujaleu s’attend à tout type de découvertes : « des petits bâtiments agricoles, des traces de mise en culture, des objets du quotidien... ». Car des champs devaient s’étendre en direction des bâtiments de l’hôpital si l’on juge par les drains et les fossés qui les sillonnent ; ils semblent suivre la pente naturelle du terrain, ici assez prononcée.

L’analyse couche par couche de la voie va ainsi permettre d’affiner et de reconstituer l’histoire du site : le mode de construction, la chronologie et la structure de la route (présence ou non de bandes de circulation latérales pour les piétons et les animaux, de fossés de drainage), les modalités de son entretien...

Sur la partie ouest de cette route, la découverte d’une sépulture lors du diagnostic supposait la présence d’une aire funéraire que les fouilles ont finalement révélé. Un enclos carré de 5 mètres sur 5 a été mis au jour cet été. Cette petite fosse contient des sépultures à incinération dans lesquelles ont été trouvé quelques os brûlés, des morceaux de charbon et des cendres.

Avec la nécropole sud de la ville, fouillée entre 1994 et 2000, et celle récemment découverte au 41 cours Gambetta, on pourrait avoir ici un troisième cimetière antique. Et la fouille minutieuse des sépultures permettrait de mieux comprendre les pratiques funéraires de la population aixoise au cours du Haut Empire.