Paule Constant, directrice artistique du festival des Écrivains du Sud

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Figure littéraire aixoise, Paule Constant a reçu le prix Goncourt en 1998. Depuis, elle multiplie les rencontres autour du livre. Elle livre quelques pistes pour mieux comprendre le succès de ce nouveau rendez-vous.

Comment vous est venu l’idée de créer un événement autour du livre à Aix ?

À partir de la demande des étudiants étrangers qui occupaient l’Hôtel Maynier d’Oppède. Ils étaient passionnés par cette spécificité bien française de célébrer le livre dans tous ses états : prix littéraires, salons du livre, etc. J’ai commencé à faire venir les écrivains dans des master classes. Et puis, cela s’étant su, j’ai dû ouvrir mes salles de cours à un public extérieur qui a grossi au fur et à mesure et nous avons terminé dans le mythique amphithéâtre Zyromski dont les 300 places sont peu à peu devenues insuffisantes à recevoir la foule des auditeurs, d’autant que les étudiants de Sciences-Po, nos voisins, nous ont très vite rejoints, créant ce mélange tout à fait réjouissant pour nos invités de jeunes lecteurs et de plus anciens.
Le Festival d‘Aix n’est que l’extension et l’ouverture à d’autres lieux sur toute la ville de ce que l’amphithéâtre Zyromski ne pouvait plus contenir.

Comment le festival s’est-il nourri des entretiens que vous menez depuis de nombreuses années ?

Mon expérience de professeur des Universités et celle de l’écrivain que je suis, invitée depuis plus de 30 ans dans tous les festivals de France et de l’étranger, m’ont appris que la pratique de la lecture doit être accompagnée. Car, contrairement à une idée répandue, lire est un exercice difficile s’il reste solitaire. Le lecteur a besoin d’être préparé, voire encouragé. Il a besoin d’échanger avec d’autres ses impressions.
Des masters classes je suis passée aux Entretiens, aux Journées, puis aux cercles de lecture (une dizaine) que j’organise autour d’un prix littéraire que les étudiants avaient baptisé Prix des Lecteurs des Écrivains du Sud et que la bibliothèque Méjanes a pris en charge cette année.

Pour ce prix, je propose à la rentrée littéraire une sélection de dix titres, dont je reçois chaque mois les auteurs. L’amphithéâtre de la Verrière a dû refuser du monde pour les deux derniers invités du cru 2015-2016, Boualem Sansal et Delphine de Vigan.

Quand le Festival arrive, les lecteurs, aguerris, peuvent affronter ce véritable marathon littéraire.

Quel a été l’accueil du public lors de la première édition du Festival ?

Ce nouveau format vous a-t-il permis de capter un public différent ?
Le public fidèle aux Journées des Ecrivains du Sud a retrouvé inchangée dans l’amphithéâtre Zyromski la formule qui le satisfait depuis quinze ans : un thème littéraire débattu par une vingtaine d’écrivains, particulièrement des romanciers. Mais simultanément, un autre public, tout aussi important, s’est dirigé vers l’amphithéâtre Bruno Etienne de Sciences-Po pour des conférences culturelles, politiques ou journalistiques. Et tout aussi simultanément, vrai miracle de la multiplication des pains, un autre public a encore pu assister, dans la Salle des actes de la Mairie, à des interviews d’écrivains dans leur actualité par les animateurs de grands médias.

Sans compter ce qui a été proposé à la Jeunesse dans la bibliothèque de la Halle aux grains et ce qui a été organisé pour le public spécifique de la Méjanes par ses bibliothécaires.

Vous invitez des auteurs, mais aussi des philosophes ou des acteurs. C’est important de décloisonner ?

Oui, j’invite des écrivains, des historiens, des philosophes, des juristes, mais aussi des journalistes, des universitaires, des politiques, des scientifiques, des spécialistes de la religion, du patrimoine, tout ce qui fait à l’instant T l’actualité du livre en France et dans notre région. Pour la jeunesse comme pour les moins jeunes, pour les amateurs comme pour les plus initiés, je choisis, dans la diversité, le meilleur de ce qui se publie.

Quant aux acteurs, ils sont pour le public la récompense ultime d’une lecture qui quitte la sphère du silence et de l’intime pour devenir une expérience partagée, comme justifiée et magnifiée par la qualité de l’interprète. Cela m’a donné l’idée, pendant l’année, d’encourager les lectures orales dans les cercles de lecture et d’observer que les lecteurs, qui choisissent leurs textes, font preuve de véritables dons d’acteur...

Comment voyez-vous l’évolution du festival dans le futur ?

Aix possède des Festivals de musique, de danse. Pourquoi n’aurait-il pas un Festival du livre à la hauteur de ces exemples prestigieux ? Le Cercle des économistes et le Festival d’art lyrique sont nés, comme nous, d’associations de bénévoles. On voit leur réussite. Depuis quinze ans, j’ai tout mis en place pour qu’un Festival du livre à Aix ne soit pas une improvisation ou la simple copie de Festivals existant ici ou là. Auteur après auteur, livre après livre, lecteur après lecteur, j’ai constitué ce qui me paraît le mieux convenir à l’idée que je me fais d’Aix, cette ville d’art où j’ai choisi de vivre et surtout d’écrire. Dans un contexte économique difficile, la pérennité du Festival relève de la volonté de la ville et de la région. Les acteurs culturels sont là, les lecteurs sont là, je suis là.

Pour recevoir par mail des informations sur le Festival des Écrivains du Sud, inscrivez-vous via ecrivainsdusud@orange.fr


Paule Constant
de l’Académie Goncourt
www.pauleconstant.com
dernière parution :
Des chauves-souris, des singes
et des hommes
(Gallimard)