La Madeleine, une opération d’envergure

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Depuis 2012, l’église de la Madeleine subit une rénovation nécessaire et d’envergure. Plusieurs services de la Ville participent aux travaux et en particulier la Direction Archéologie.

Le suivi archéologique des travaux de restauration conduits depuis plus d’un an a révélé l’importance de l’héritage médiéval, qui a notamment dicté son plan à l’édifice moderne. Cette étude - toujours en cours - permet de saisir la structuration progressive de l’église élevée au XIVe siècle et transformée au cours des XVe et XVIe siècles par l’adjonction de chapelles latérales privées.

Un peu d’histoire...

Située au nord-est de la place des Prêcheurs, l’église de la Madeleine fait l’objet d’un vaste programme de restauration et de stabilisation, piloté par la Conservation Régionale des Monuments Historiques et l’architecte en chef François Botton, dans lequel s’inscrit la présente opération archéologique.

Cette ancienne église de frères Prêcheurs est issue de la reconstruction, vers 1345-1348, d’un premier édifice conventuel établi à partir de 1274, dans un faubourg de la ville comtale.
Remaniée tout au long des XVe et XVIIe s., elle prend ses dispositions actuelles à l’issue des campagnes de réaménagement conduites par les frères Vallon, entre 1691 et 17033.
Saisie à la Révolution, l’église des Prêcheurs est dévolue en 1791 à la paroisse de la Madeleine dont elle prend le titre en 1802, après un intermède de sécularisation. De cette période date la façade établie sur les dessins d’Henri-Antoine Revoil (1855-1860).

La restauration et l’opération de fouille préventive

A partir de 1982, l’église fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration qui, précédant son classement tardif au titre de Monuments Historiques (1988), ont cherché à enrayer des désordres structurels toujours plus importants.
Conduite entre octobre 2012 et fin janvier 2013, la première tranche archéologique a concerné le pourtour des quatre piles du bras sud du transept qui doivent être confortées par des micro-pieux, impactant une superficie totale de 30 m².
Cette étude a confirmé que les dispositions de l’église de la fin du XVIIe étaient fortement assujetties au bâti antérieur qui, dérasé au niveau du sol ou bien conservé en élévation, a manifestement guidé son implantation. Si ces découvertes par trop ponctuelles interdisent toute restitution en plan de l’église médiévale, il est possible d’en dégager les grands axes, ainsi qu’une chronologie relative que devra amender l’étude des mobiliers.

Ainsi, par son épaisseur (environ 1 mètre), par son orientation est-ouest et son tracé repris pour la nef moderne, et enfin par sa mise en œuvre (une maçonnerie fourrée à parements de gros moellons grossièrement équarris et assisés), ce mur mis au jour sous le pilier nord-ouest a été identifié comme le mur gouttereau méridional de l’édifice antérieur aux années 1690.
Au sud de ce mur, le niveau de circulation extérieur a été mis en évidence à 1 m sous le niveau actuel ; au nord, des reliquats d’enduits muraux permettent de le restituer, au plus haut, autour de -0,60 m.

La création, au sud de ce premier mur, d’une chapelle profonde de 5,50 m, dont ont été reconnues les limites est et sud, ainsi que leur contrefort angulaire en pierre de taille, intervient probablement dans un deuxième temps.
Seul, ici, le soin apporté au traitement des matériaux et à leur mise en œuvre étaye l’hypothèse d’une phase de construction distincte de celle du mur gouttereau.
Le lien n’a pu être établi avec les aménagements d’une seconde chapelle, édifiée plus à l’est, dont les maçonneries ont été intégrées, à la fin du XVIIe s., à la chapelle des Sœurs du Tiers-Ordre, soit en fondation, soit en élévation. La présence de socles octogonaux, supports possibles de bases prismatiques engagées dans les angles nord-ouest et sud-ouest de la chapelle, ainsi que celle d’un élément de chambranle mouluré d’un tore à listel perçu dans l’élévation du mur sud, orientent la datation de cet ensemble sur la fin du XVe s. ou le début du XVIe s.

Les deux chapelles latérales ont été réunies, à une époque indéterminée, par la construction d’un mur dont l’arcade aveugle en plein-cintre a été maintenue dans les réaménagements de la fin du XVIIe pour former l’extrémité du bras sud du nouveau transept. Ces travaux conduits jusqu’en 1703, tout en gardant les emprises au sol antérieures, ont fortement modifié l’aspect de l’église.
L’ancien mur gouttereau sud est détruit, mais la limite qu’il constituait est alors reprise dans d’alignement des piliers de la croisée du transept, et plus à l’ouest, de la nef. Prenant appui sur les maçonneries antérieures, les fondations des quatre piliers du bras sud ont entaillé le sous-sol sur plus de 2,50 m, tandis que leurs élévations se sont ancrées sur celles des anciennes chapelles qui deviennent le support de nouveaux badigeons. Seul un mur est percé, pour établir une communication entre le bras sud et la chapelle des Sœurs du Tiers-Ordre. Ces travaux se sont accompagnés d’un rehaussement des sols jusqu’au niveau de circulation actuel.

Vestiges trouvés en 2012

L’opération de 2012 a également confirmé la densité de l’occupation funéraire déjà mise en évidence, en 1984.
Outre quatre inhumations isolées, associées parfois à des réductions et toutes antérieures aux travaux de la fin du XVIIe s., au moins six caveaux maçonnés ont été mis au jour sur l’emprise de la fouille.
Dans la chapelle des Sœurs du Tiers-Ordre, les trois caveaux contigus et manifestement contemporains, sont de petites pièces voûtées de berceaux surbaissés, de 2,50 m de long pour 1 m à 1,30 m de large. Une dalle funéraire portant la date de 1564, en remploi dans le dallage de la chapelle, donne le terminus post quem de leur aménagement. Situés respectivement au contact des piliers sud-ouest et nord-est, les trois autres caveaux sont liés aux campagnes de travaux de la fin du XVIIe s.

La deuxième tranche de l’opération archéologique portant sur les élévations de l’édifice, entamée en février 2013, complète les données sédimentaires et les premières analyses de bâti, et va sans doute préciser l’incidence des campagnes de travaux modernes sur l’église gothique.