Entretien avec Jean-Hervé Lorenzi - 18e édition des Rencontres économiques

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Comme chaque année, le top de l’économie mondiale - mais pas seulement - se retrouve à Aix, pendant les Rencontres économiques. A l’occasion de la 18e édition Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, a accepté de revenir sur les raisons d’un tel succès.

AIX LE MAG : Pourquoi avoir créé les Rencontres économiques d’Aix-en- Provence ?
JEAN-HERVÉ LORENZI : Il manquait à notre avis, en France, un espace ouvert de réflexion et de débat économique. C’est sur le modèle du sommet organisé par le National Bureau of Economic Research que le Cercle des économistes a fait ce pari un peu fou je l’admets.

ALM : Qu’est-ce qui fait le succès des Rencontres ?
J-H.L. : Je pense que c’est le résultat d’un travail de plusieurs années et de toute une équipe, le choix d’un thème au cœur des préoccupations et parfois même en avance sur son temps. L’intérêt des échanges intellectuels allié à l’ambiance d’Aix- en-Provence crée une atmosphère très particulière, unique, sérieuse et à la fois détendue. En 2001 nous étions une poignée, aujourd’hui les Rencontres réunissent plus de 5 000 personnes.

ALM : Comment ces Rencontres ont- elles pu devenir, au fil du temps, un rendez-vous incontournable pour ceux qui comptent dans l’économie mondiale ?
J-H.L. : Nous avons pu nous appuyer sur nos partenaires et des personnalités
fidèles comme Hubert Védrine, Jacques Attali ou Erik Orsenna. Nous avons eu le
culot d’inviter des Prix Nobel d’Economie et ça a marché. Le bouche-à-oreille
entre universitaires nous a beaucoup aidés et nous a permis d’atteindre des
personnalités à l’autre bout du monde. Aujourd’hui, ce sont 250 conférenciers
qui viennent s’exprimer en public

ALM : Les codes du monde économique peuvent être difficiles à appréhender. Comment s’adresser au plus grand nombre ?
J-H.L. : Les Rencontres sont un événement universitaire ouvert gratuitement à
tous. Ce n’est pas « un entre soi » bien au contraire. Je comprends que
l’économie puisse faire peur mais elle est partout et les Rencontres sont un lieu
idéal pour comprendre les grands enjeux économiques et participer aux
débats. Chaque conférence donne la parole au public lors d’un temps
d’échange avec la salle. La diversité des profils réunis permet de faire un pont
entre l’économie et les autres disciplines comme la sociologie, l’histoire, ou la
philosophie...

ALM : Quelles évolutions économiques ont pu être influencées par les Rencontres ?
J-H.L. : Le Cercle des économistes a toujours su choisir des thèmes précurseurs
annonçant les grands débats français et européens ; les acteurs de l’économie
se sont donc servis des Rencontres comme d’une tribune aixoise pour faire de
grandes annonces. Ainsi, en 2008, Carlos Ghosn partage avec le public aixois
ses craintes pour l’économie mondiale, deux mois avant la faillite de Lehman
Brothers ; en 2012 Louis Gallois évoque pour la première fois le concept de « 
choc de compétitivité » et dessine les grandes lignes du CICE. La déclaration
finale des membres du Cercle des économistes, qui vient clore chaque année
les Rencontres, est attendue par tous. L’année dernière, ils ont par exemple
réclamé à Bruno Le Maire la mise en œuvre immédiate de la fiscalité du capital
promise par le candidat Macron. A son retour à Paris, le ministre de l’Economie
a rétabli le calendrier initial de cette réforme, confirmant ainsi la pertinence des
préconisations du Cercle des économistes.

ALM : Comment éviter que les Rencontres deviennent un événement "hors sol" et restent attachées à Aix ?
J-H.L. : Il s’agit bien des Rencontres économiques d’Aix-en- Provence. Nous
sommes très attachés à Aix, c’est une ville à part et un atout majeur pour les
Rencontres. La Provence fait rêver le monde entier ! Nous souhaitons rester un
événement académique ambitieux mais non prétentieux. Un effort particulier
est fait cette année pour ancrer davantage l’événement dans la ville. Nous
souhaitons que les Aixois se l’approprient. Les Rencontres engagent chaque
année 100 étudiants aixois pour accueillir les conférenciers et travailler avec
l’équipe permanente.

ALM : Les Rencontres économiques se déroulent pendant le Festival. Est-ce un hasard ?
J-H.L. : Lorsque nous avons imaginé les Rencontres, nous souhaitions nous
rapprocher d’un grand festival de musique. Un des membres du Cercle nous a
présenté le Festival d’Aix que sa grand-mère Lily Pastré avait créé. C’était une très bonne idée, notre décision était prise.